La justice vaticane a lourdement condamné jeudi, à près de 9 ans de prison, un ex-président de la "banque du pape" et un avocat, pour s'être enrichis en vendant frauduleusement une vingtaine de biens immobiliers du Saint-Siège.

C'est la toute première fois qu'une peine d'incarcération est prononcée dans l'Etat du Vatican pour un délit financier. Le procureur général Gian Piero Milano a estimé jeudi avant la sentence que ce procès complexe "restera dans l'histoire" du tribunal.

La sentence sévère, en première instance, intervient alors que le pape François a mis en place de nouveaux gardes-fous pour mieux protéger l'argent de l'Eglise contre les prédateurs financiers.

Angelo Caloia, âgé de 81 ans, fut le très respecté président de l'Institut pour les oeuvres de religion -IOR, nom officiel de la banque du Vatican- durant vingt ans jusqu'en 2009.

Le président du Tribunal du Vatican l'a jugé coupable - ainsi que l'avocat Gabriele Liuzzo (97 ans)- de "blanchiment et de détournements de fonds". Les deux hommes ont été condamnés à 8 ans et 11 mois de prison, ainsi qu'à une amende de 12.500 euros.

Un fils de l'avocat, Lamberto Liuzzo, 55 ans, a été condamné à une peine de 5 ans et deux mois de prison pour blanchiment, assortie d'une amende de 8.000 euros.

L'avocat d'Angelo Calaio a toutefois annoncé en soirée qu'il ferait appel de la sentence, qui est donc immédiatement suspendue, soulignant qu'elle intervenait dans "un climat globalement peu favorable".

L'affaire avait été révélée en 2014. A la manoeuvre aussi, l'ancien directeur de la banque, Lelio Scaletti, décédé en 2015.

Les enquêteurs s'étaient penchés sur les ventes de 29 propriétés de la banque du Vatican, réalisées de 2001 à 2008, surtout à Rome, mais aussi à Milan et Gênes, retenant ensuite des irrégularités sur une vingtaine d'entre elles.

-Des propriétés bradées-

Les biens ont été vendus 34 millions d'euros en dessous de leur valeur sur le marché et une partie des sommes épargnées par les acheteurs se sont retrouvées dans les poches des accusés, puis placées dans des comptes suisses avec l'aide du fils de l'avocat, a précisé jeudi le Saint-Siège. Les accusés ont ainsi touché quelque 19 millions d'euros.

La justice - qui avait déjà confisqué de larges sommes sur les comptes des responsables - a fixé provisoirement une compensation de 23 millions d'euros aux deux parties civiles (la banque et une société romaine de gestion de biens).

La Banque du Vatican, fondée en 1942, a connu au cours de son histoire des scandales retentissants, dont certains ont été en lien avec la mafia sicilienne. Mais elle ne détient plus du tout de patrimoine immobilier aujourd'hui et a subi un grand assainissement avec la fermeture de 5.000 comptes suspects.

Le procès, qui a totalisé 23 audiences, s'était ouvert voici deux ans et demi, en mai 2018. Le Saint-Siège avait communiqué uniquement sur les deux premières audiences, avant un quasi "black out" jusqu'aux récentes réquisitions du mois de décembre.

-Deux autres procès imminents?-

La justice vaticane enquête actuellement sur un autre scandale immobilier qui pourrait également déboucher sur un procès: le circuit d'achat opaque d'un immeuble de luxe londonien par la Secrétairerie d'Etat (gouvernement central du Vatican), qui a permis à des intermédiaires italiens de s'attribuer de juteuses commissions.

Depuis lors, le Saint-Siège a décidé de transférer le patrimoine financier et immobilier de la Secrétairerie d'Etat à une autre administration.

Le Tribunal a annoncé lundi qu'il allait en outre juger bientôt Cecilia Marogna, une jeune consultante italienne qui s'était vu confier un demi-million d'euros par la Secrétairerie d'Etat sur un compte en Slovénie, pour ses supposés services de médiatrice pour faire libérer des prêtres et soeurs enlevés en Afrique ou en Asie.

Elle avait été payée par le cardinal Angelo Becciu, lorsqu'il était numéro deux de la Secrétairerie d'Etat. Le prélat de haut rang avait été congédié soudainement le 24 septembre par le pape François pour des soupçons de malversations. Son nom a aussi été associé à l'achat de l'immeuble londonien.