Les musulmans célèbrent dimanche la fin du ramadan, une fête encadrée dans de nombreux pays par de sevères restrictions pour éviter un rebond de la pandémie de coronavirus, pendant que l'Europe poursuit de son côté un prudent retour à la normale.

Au Pakistan, faisant fi des consignes de distanciation physique, les musulmans se sont rués en masse sur les marchés pour faire leurs achats avant l'Aïd el-Fitr, l'une des plus importantes fêtes du calendrier musulman qui marque la fin du mois de jeûne du ramadan.

"Pendant plus de deux mois, mes enfants ont été confinés à la maison", raconte à l'AFP Ishrat Jahan, une mère de famille, sur un marché animé de Rawalpindi. "Cette fête est pour les enfants et s'ils ne peuvent pas la célébrer avec de nouveaux vêtements, il ne sert à rien de travailler si dur toute l'année".

En Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, la grande migration annuelle de la fin du ramadan a commencé malgré l'interdiction officielle de voyager, beaucoup se tournant vers des transporteurs clandestins et utilisant de fausses attestations pour rejoindre leurs proches avant la fête.

"C'est une période critique", s'est inquiété Doni Monardo, principal responsable de la lutte contre le Covid-19 en Indonésie. "Je crains que les gens qui vont dans d'autres régions ne reviennent infectés et que tous nos efforts soient réduits à néant".

Plusieurs pays comme l'Egypte, l'Irak, la Turquie ou la Syrie ont interdit les prières collectives par crainte d'une propagation du coronavirus. L'Arabie saoudite, qui abrite les lieux les plus saints de l'Islam, a instauré un couvre-feu total de cinq jours depuis samedi.

L'Iran, qui a connu l'épidémie la plus meurtrière au Proche et au Moyen-Orient, a demandé à ses citoyens d'éviter de voyager pendant l'Aïd qui devrait avoir lieu lundi dans ce pays à majorité chiite, tout comme pour la communauté chiite irakienne.

En France, cinquième pays au monde en nombre de morts (28.289), l'Aïd el-Fitr arrive alors que le gouvernement a autorisé, depuis samedi, la reprise des cérémonies religieuses. Mais les autorités musulmanes du pays ont appelé à la prudence et ont demandé aux fidèles de ne pas se rendre dans les mosquées pour la prière de dimanche matin.

- Retour de la messe -

Les catholiques français ont célébré samedi leurs premières messes. A l'église Saint-Jean-Baptiste de Neuilly-sur-Seine près de Paris, Eliane Nsom, venue avec ses trois filles assister à l'office, louait "ces retrouvailles dans la maison du Père. Ca nous a manqué".

L'Europe, où plus de deux millions de cas se sont déclarés et plus de 173.000 personnes sont mortes, poursuit son lent retour à la normale, multipliant les précautions par crainte d'une résurgence.

L'Espagne a annoncé samedi sa réouverture cet été aux touristes étrangers, une mesure cruciale pour la deuxième destination touristique au monde, et la reprise de son championnat de football.

"Le plus dur est passé", a assuré le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, "nous avons surmonté la grande vague de la pandémie" qui a fait plus de 28.000 morts dans le pays.

Autre pays touristique, l'Italie rouvre progressivement ses sites historiques ou culturels, en attendant celle de ses frontières le 3 juin. Ils étaient des centaines samedi à profiter du soleil sur la plage de Fregene, près de Rome.

L'épicentre de la pandémie est désormais l'Amérique latine, selon l'Organisation mondiale de la santé.

Et tout particulièrement le Brésil: le virus y a contaminé au moins 347.000 personnes --deuxième chiffre le plus élevé au monde derrière les Etats-Unis-- et a fait plus de 22.000 morts, selon le dernier bilan publié samedi.

- Tensions au Brésil -

La crise sanitaire est aggravée, au Brésil, par une grande confusion politique due aux tensions entre la majorité des gouverneurs de provinces favorables à de strictes mesures de confinement et le président d'extrême droite Jair Bolsonaro, qui affirme que ces mesures nuiront à l'économie du pays et qui minimise la gravité de la maladie.

Avec des chiffres sans doute très sous-évalués, la pandémie a officiellement touché plus de 5,26 millions de personnes dans le monde. Elle a fait au moins 339.758 morts depuis son apparition en décembre en Chine, d'après un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles samedi à 19H00 GMT.

Aux Etats-Unis, pays dénombrant le plus de cas (plus de 1,62 million) et le plus de décès au monde (au moins 97.048 morts), les drapeaux sont mis en berne jusqu'à dimanche pour rendre hommage aux victimes.

Malgré ces bilans élevés, les 50 Etats américains ont entamé un déconfinement partiel et progressif. Et pour souligner son désir de voir les choses revenir à la normale le plus vite possible, le président Donald Trump est allé jouer au golf samedi, pour la première fois depuis le 8 mars, dans son club de Virginie, près de Washington.