"La contagion leur fait peur": après six mois de grève aux urgences, quelques centaines de personnes ont manifesté à Paris à l'appel de la CGT, qui espère étendre le mouvement à tout le secteur sanitaire et social, mais n'a pas été rejointe pour l'heure par les autres syndicats.

Après le plan de "refondation" des urgences dévoilé lundi par Agnès Buzyn, cette "journée d'action nationale" devait "faire la démonstration que les personnels hospitaliers ne sont pas satisfaits de ces annonces", a déclaré à l'AFP Mireille Stivala, secrétaire générale de la CGT-santé.

Derrière une banderole affirmant "Il est urgent d'agir pour le service public de la santé et de l'action sociale", les manifestants ont quitté la place d'Italie peu après 14H00 en direction du ministère de la Santé.

Salaires, effectifs, lits supplémentaires dans les hôpitaux et les Ehpad... Au-delà des revendications habituelles, "nous sommes aussi là pour nos patients, qui sont accueillis de façon indécente, placés sur des brancards dans des couloirs", explique Nathalie Pinheiro, aide-soignante aux urgences de Vichy (Allier).

Une situation loin d'être isolée, tant ces services sont saturés: leur fréquentation a doublé en vingt ans, atteignant 21,4 millions de passage en 2017.

Le terrain était favorable à une grève, devenue inédite par sa durée - bientôt 6 mois - et son ampleur, avec 250 établissements recensés à ce jour par le collectif Inter-Urgence qui en est à l'origine.

La ministre de la Santé espérait "régler le problème" avec son plan présenté lundi et doté de "plus de 750 millions d'euros" puisés dans des crédits prévus d'ici 2022.

Une enveloppe notamment destinée à la création d'un nouveau "service d'accès aux soins" pour réguler les appels aux secours et de filières "d'admissions directes" sans passage aux urgences pour les personnes âgées.

- "La mayonnaise prend" -

Mais ces mesures n'ont pas convaincu les grévistes, qui ont voté mardi la poursuite de leur mouvement et apporté leur soutien à "l'ensemble des dates syndicales annoncées".

Le collectif n'était toutefois pas visible aux côtés de la CGT mercredi, de même que Force ouvrière, qui avait pourtant appelé la veille à "s'associer" à cette mobilisation.

"Nous élargirons le mouvement", assure Mme Stivala, déjà tournée vers la prochaine date de la CGT, le 24 septembre contre la réforme des retraites.

Les grévistes d'Inter-Urgences, eux, prévoient des "rassemblements locaux" le 26 septembre, en attendant de fixer prochainement une "date de mobilisation nationale".

Un rapprochement est aussi envisagé avec les pompiers, qui organiseront leur propre manifestation nationale le 15 octobre. "Les revendications sont les mêmes", affirme Peter Gurruchaga, de la CGT pompiers, présent dans le cortège et "ouvert à un mouvement commun avec les hospitaliers".

La députée La France insoumise Caroline Fiat, ancienne aide-soignante, est aussi venue en blouse blanche et ceinte d'une écharpe tricolore pour soutenir "une belle lutte".

"On a tout intérêt à continuer le combat, la mayonnaise prend, on les a ébranlés. Cette contagion leur fait peur", veut croire Mohamed Farid, infirmier aux urgences de Gonesse.

Le gouvernement n'envisage cependant "pas à ce stade de mesures supplémentaires", a déclaré sa porte-parole Sibeth Ndiaye à l'issue du Conseil des ministres.

Le plan présenté par Mme Buzyn "est une réponse qui est largement à la hauteur des besoins" et "qui s'inscrit dans le temps court et long", a-t-elle ajouté.