Homme de terroir, Yannick Bestaven a vécu pleinement sa passion de la mer en rêvant longtemps du Vendée Globe. Son rêve vire au cauchemar en 2008, mais il rebondit avec ingéniosité et revient douze ans plus tard pour remporter la plus mythique course autour du monde en solitaire.

Accro aux sports et fidèle supporteur de club de rugby de La Rochelle, Bestaven, cheveux châtains et regard clair, a été désigné vainqueur du Vendée Globe après un périple de 80 jours en mer, où il est passé par toutes les émotions.

Le 8 novembre, il s'est lancé pour la deuxième fois dans le tour du monde en solitaire. Son expérience il y a douze ans lui avait laissé de douloureux souvenirs.

Au lendemain du départ, il avait démâté dans le golfe de Gascogne et avait dû abandonner après trente heures de course. Un triste record.

"Un retour après 12 ans, c'est très, très long, c'est beaucoup d'attente et d'envie", raconte le skipper de 48 ans, qui a "rongé son frein".

Il a su se relever en se lançant dans un autre projet. En 2008, il avait décidé d'équiper son voilier d'un système de sa création, un appareil produisant l’électricité nécessaire au bon fonctionnement du bateau. Cet hydrogénérateur équipe depuis tous les bateaux de la flotte du Vendée Globe.

- "Attendre mon moment" -

"J'ai été de l'autre côté de la barrière. Je me vois encore à régler l'hydrogénérateur de François Gabart sur son bateau l'année où il gagne le Vendée Globe (2012-2013). Il fallait mettre son ego dans la poche et attendre mon moment", avoue-t-il.

Bestaven s'est alors offert quelques belles années en class40 (petit monocoque) pour monter de gamme progressivement.

En 2018, c'est la rencontre sur les pontons avec le DG de Maître Coq, Christophe Guyony.

"Ca ne m'est pas tombé tout cuit dans la bouche, il y a eu beaucoup de boulot, d'attente, il fallait prouver que je savais faire du bateau quand j'étais sur la ligne de départ".

Installé à La Rochelle, il se prépare sans compter pour ne pas se louper.

"Yannick connait parfaitement son bateau. Il a travaillé avec les personnes qui font l'électronique, les pilotes, il a regardé chacun de ses bouts, chacune de ses voiles, il est monté autant de fois au mât que nécessaire pour se mettre en situation, il a tout bossé de manière absolument exceptionnelle", souligne auprès de l'AFP Eric Blondeau, spécialisé dans la prise de décision à forts enjeux et qui travaille depuis des mois avec Bestaven.

- Esprit de synthèse -

"Il a cette capacité d'improviser dans l'inconnu, l'incertain, l'irrationnel et le complexe, ce qui fait de lui un grand marin", poursuit-il.

En tête durant presque un mois, il a été le premier à passer le cap Horn. Mais la fête aura été de courte durée, englué dans une zone sans vent, il a vu ses rivaux fondre sur lui et le dépasser. Découragé, presque désemparé, il a donné l'impression de baisser les bras.

"J'ai pété un plomb, je ne vais pas dire que j'ai pas pété un plomb. Arriver à retrouver les ressources pour repartir, pour y croire, pour se remettre à fond, mentalement ça a été dur, très dur", a-t-il expliqué à ce sujet en descendant de son bateau aux Sables-d'Olonne.

Au lieu de se décourager, il s'est relancé dans la course "parce que de toute manière, quand t'as rien à perdre, t'as rien à perdre", explique-t-il le trophée dans les mains. Son unique soeur, Emma, n'a pas été étonnée par le grand frère qu'elle admire depuis toujours et qu'elle décrit comme un homme "audacieux, malin et épicurien".

Pudique, Bestaven, papa de deux enfants, "aime les moments festif, être entouré de ses amis, de sa famille, c'est un bon vivant", glisse la cadette, devenue kiné et qui espère lui prodiguer pour la première fois son premier massage à terre, avant d'envisager une de ces "petites soirées qui finissent en chantant fort !"

Son ami depuis trente ans et responsable technique du projet Maître Coq, Jean-Marie Dauris, attend lui aussi de le retrouver. "Ce n'est pas du tout un solitaire dans l'âme dans la vie de tous les jours. Bien au contraire, c'est un bon vivant".