Pour ou contre un changement de Constitution ? Les Chiliens votent dimanche par référendum, un an après l'éclatement d'un soulèvement social d'une ampleur inédite qui a remis en cause le modèle économique accusé de bénéficier seulement aux plus riches.

Les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 (11H00 GMT), ont constaté des journalistes de l'AFP. Ils fermeront à 20H00 (23H00 GMT), soit deux heures de plus que d'ordinaire pour éviter les attroupements en raison de la pandémie de coronavirus.

"J'ai beaucoup d'espérance pour que les choses changent et que nous fassions prendre un virage radical à ce pays", a expliqué à l'AFP Romina Nuñez, 42 ans, qui tient un bureau de vote au Stade national de Santiago, le plus grand centre de vote du pays.

Après avoir voté tôt dans un quartier aisé de la capitale, le président conservateur Sebastian Piñera a appelé les Chiliens à se rendre aux urnes "parce que chaque voix compte". "Il faut rejeter la violence et prendre le chemin de l'unité", a-t-il ajouté.

Remplacer la Constitution héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990) était une des revendications des manifestants descendus dans la rue à partir du 18 octobre 2019 pour réclamer une société plus juste.

Les 14,7 millions d'électeurs appelés à voter doivent répondre à deux questions: "Souhaitez-vous une nouvelle Constitution ?" et "Quel organe devra rédiger la nouvelle Constitution ?"

Ils pourront choisir entre une "Convention mixte constitutionnelle" composée de citoyens élus et de parlementaires, et une "Convention constituante" formée uniquement de citoyens.

Pour les partisans du "Apruebo" (J'approuve), essentiellement dans l'opposition du centre et de gauche, une nouvelle Constitution lèverait un obstacle essentiel à de profondes réformes sociales, dans un des pays parmi les plus inégalitaires d'Amérique latine.

"La Constitution actuelle favorise le système néolibéral à un niveau extrême, elle a perpétué un système totalement inégalitaire", estime Ernesto Quintana, un psychologue de 38 ans.

Les défenseurs du "Rechazo" (Je rejette), qui rassemblent les partis les plus conservateurs, estiment qu'il est possible d'introduire des changements dans le texte fondamental, garant selon eux ces dernières décennies de la stabilité du Chili, sans avoir besoin de le remplacer.

"Je veux la paix et pour cela je vote contre", peut-on lire sur des murs de la capitale Santiago, en référence aux violences et dégradations qui ont régulièrement émaillé les manifestations depuis le début de la crise.

Selon les derniers sondages, le "Apruebo" l'emporterait avec entre 60 et 75% des suffrages, mais la pandémie laisse planer l'incertitude sur la participation.

Le Chili a franchi samedi la barre des 500.000 contaminations (13.000 décès), mais la courbe des contagions est stabilisée.

- Péché originel -

Jusqu'à cette date, aucune tentative de remplacement du texte fondamental n'avait abouti : la Constitution avait été rédigée en 1980 de sorte que les franges conservatrices de la société puissent se maintenir au pouvoir, y compris après la fin de la dictature.

"Le premier objectif de ce processus constitutionnel est de sortir de l'ombre de la dictature de Pinochet (...) d'avoir une nouvelle Constitution sans le péché originel d'avoir été élaborée sous la contrainte", explique à l'AFP Marcelo Mella, politologue de l'Université de Santiago.

Le deuxième objectif, ajoute-t-il, est de " pouvoir résoudre par des moyens politiques et pacifiques les problèmes devenus structurels et qui paralysent le fonctionnement de la démocratie chilienne", tels que l'inégalité et l'exclusion.

Conséquence de la pandémie et hasard du calendrier : initialement prévu le 26 avril, le scrutin avait été repoussé au 25 octobre.

Il se déroulera donc un an jour pour jour après le rassemblement historique de la Plaza Italia, au centre de Santiago, lorsque 1,2 million de personnes s'étaient retrouvées à l'épicentre des manifestations, marquant un tournant dans la contestation.

Jusqu'à l'éclatement de la crise, le Chili était loué comme un des pays les plus stables d'Amérique latine, encensé pour ses bons résultats macro-économiques.

Déclenchée par une hausse du ticket de métro à Santiago, la crise a été nourrie par la colère de la population provoquée par la déconnexion des élites face au quotidien difficile du plus grand nombre, et a pris de court l'ensemble de la classe politique.