Président au règne absolu, Didier Gailhaguet a fait l'histoire du patinage artistique français durant plus de 20 ans, entre podiums et scandales. Maintes fois inquiété par les enquêtes ministérielles, il est resté au pouvoir, est parti, est revenu. Mais la vague #metoo a fini par l'emporter samedi.

Gailhaguet a toujours été le seul homme à la manœuvre, à la tête de la Fédération française des sports de glace (FFSG) qu'il a présidée de 1998 à sa démission samedi - à l'exception des années 2004 à 2007. Il décidait de tout, faisait et défaisait à sa guise, sans état d'âme et parfois en allant jusqu'à tricher.

Il a plus d'une fois été rappelé à l'ordre dans sa gestion financière mais aussi sportive, bien qu'il puisse se targuer d'avoir apporté une soixantaine de médailles internationales à la France.

Cette fois, l'affaire était trop grave. La patineuse multimédaillée en couple, Sarah Abitbol, a révélé dans un livre ("Un si long silence", Plon) avoir été violée à partir de 15 ans et plusieurs fois par son entraîneur de l'époque (de 1990 à 1992), Gilles Beyer. Ce même Gilles Beyer que Gailhaguet n'a jamais totalement écarté, malgré une mesure d'interdiction d'exercer auprès de mineurs après une enquête au début des années 2000, à la suite d'un signalement de parents.

D'autres anciennes patineuses ont aussi émis des accusations similaires contre Beyer.

- "Système de fonctionnement personnel" -

En 2003, un rapport ministériel faisait déjà état d'"un système de fonctionnement personnel", instauré par le président et intervenant "constamment sur le champ de compétences du DTN" (directeur technique national). Le DTN actuel, Rodolphe Vermeulen, est tout aussi transparent que ses prédécesseurs.

Né à Béziers, Gailhaguet est depuis son enfance un habitué des patinoires. Talentueux sur la glace, il sera champion de France en 1974 et 1975 et représentera la France aux Championnats d'Europe, du monde et même aux Jeux olympiques (1972).

Formé par Jacqueline Vaudecrane dans le giron fédéral, il acquiert son expérience auprès de grands anciens comme Alain Giletti, Alain Calmat et Patrick Péra. En 1976, il s'apprête à disputer les Jeux d'Innsbruck lorsqu'il se blesse gravement à un genou en disputant un match de rugby dans le cadre de sa préparation au professorat d'éducation physique. Il choisit alors de raccrocher les patins pour devenir entraîneur. Il a 23 ans.

Nommé entraîneur national, il découvre alors un diamant brut, Surya Bonaly, qu'il mènera à cinq titres européens avant de mettre fin à leur collaboration en 1992, lassé par les conflits qui l'opposent aux parents de la jeune fille. Il prend alors les commandes des équipes de France et poursuit son ascension en devenant président de la FFSG en 1998 et membre du Conseil à la Fédération internationale de patinage (ISU). Le monde s'ouvre à lui.

- Coup d'arrêt en 2004 -

Mais en 2002, il est éclaboussé par l'affaire de tricherie des JO de Salt Lake dans lequel il est mis en cause.

Une juge française de l'épreuve de patinage artistique (couples), Marie-Reine Le Gougne, est soupçonnée d'avoir faussé le résultat de la compétition en attribuant une note de complaisance à l'équipe russe. Elle déclare avoir agi sur instruction du président de la FFSG afin d'obtenir la complaisance des Russes pour le duo de danseurs Marina Anissina-Gwendal Peizerat qui sera sacré pour la France.

Après enquête, il est interdit de toute fonction à l'international durant 3 ans. Ce qui ne l'empêche pas d'être réélu cette même année avec 84,5% des suffrages exprimés à la tête de la FFSG.

Mais en mai 2004, c'est un coup d'arrêt. Epinglé par la Cour des comptes pour des dérives de gestion de la FFSG, il doit démissionner de la présidence, contraint par son bureau exécutif. Il ne s'avoue pas vaincu et reste un personnage central du patinage français en devenant le conseiller personnel de la star des Bleus, le patineur Brian Joubert, n'hésitant pas à s'opposer à l'équipe dirigeante de l'époque, entre bisbilles et grosses embrouilles. En mars 2007, Joubert devient champion du monde.

Quelques mois plus tard, Gailhaguet reprend la présidence de la FFSG dès le premier tour de scrutin, profitant de la démission de Claude Ancelet, désavoué par une motion de défiance. En 2010, il est plébiscité avec 88% des voix après avoir pourtant été vivement critiqué pour sa gestion sportive par la secrétaire d’État aux Sports de l'époque, Rama Yade. En 2014, une mission d'inspection ministérielle est diligentée, il maintient son pouvoir avec 66% des votes face à 2 candidats, Marie-Reine Le Gougne et Gwendal Peizerat. En 2018, plus personne ne s'oppose à lui.

Patineur, entraîneur, dirigeant, habile, brillant - il a initié la série des Grand Prix qui fait les beaux jours de la Fédération internationale - et ambitieux, il a fini par jeter l'éponge. Jusqu'à quand ?