En plein scandale de violences sexuelles dans le patinage français, son inamovible patron Didier Gailhaguet a promis de contre-attaquer mercredi face aux appels à la démission, venus notamment de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.

Mardi soir, à la sortie d'un bureau extraordinaire de la Fédération française des Sports de glace (FFSG), son indéboulonnable président, en poste depuis 1998 à l'exception de la période 2004-2007, a repoussé toute décision sur une éventuelle démission à la fin de la nouvelle enquête administrative diligentée par la ministre.

Puis il a donné rendez-vous au lendemain, ce mercredi donc, au siège de la fédération, à 14h30, promettant de faire des révélations, "documents" à l'appui, sur la gestion du cas Beyer, du nom de l'ex-entraîneur soupçonné d'abus sexuels sur des patineuses, et accusé de viols depuis la semaine dernière par une ancienne figure de ce sport, Sarah Abitbol.

Même si les faits dénoncés dans son livre, "Un si long silence" (Plon), paraissent prescrits car ils remontent aux années 1990 à 1992, quand elle avait 15 à 17 ans, le parquet de Paris a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête pour viols et agressions sexuelles sur mineurs par personne ayant autorité sur la victime.

- "dysfonctionnement général" -

Face à Roxana Maracineanu qui a fustigé un "dysfonctionnement général" au sein de la fédération, Gailhaguet avait déjà livré lundi un début de contre-attaque, en accusant la prédécesseure de Maracineanu à l'époque, Marie-George Buffet, d'avoir permis à Gilles Beyer de rester dans le circuit au début des années 2000, malgré une enquête administrative soulignant des attitudes inappropriées avec de jeunes patineuses.

"Elle (Mme Buffet) lui a retiré (son statut), et elle nous l'a renvoyé", avait-il affirmé.

L'enquête administrative en question, diligentée sur la base d'un signalement de parents, avait alors conduit le ministère des Sports à mettre fin à ses fonctions de cadre d'Etat, le 31 mars 2001.

Malgré sa mise à l'écart en 2001, Gilles Beyer a poursuivi sa carrière dans son club d'origine, les Français volants, présidé par son frère Alain, jusqu'à son éviction vendredi. Il a aussi effectué plusieurs mandats au bureau exécutif de la FFSG jusqu'en 2018 et organisé dans les années 2010 plusieurs tournées de gala de l'équipe de France de patinage artistique.

Dans le bras de fer engagé entre Maracineanu et Gailhaguet, le dirigeant ne peut en tout cas pas dire qu'il ignorait les problèmes posés par Beyer au tournant des années 2000, puisqu'il était précisément le destinataire du courrier de parents qui a donné la première alerte, comme le montre le rapport issu de l'enquête administrative, dont l'AFP a eu connaissance.

- silence -

Depuis que l'affaire a éclaté la semaine dernière, Gilles Beyer, 62 ans, a concédé avoir eu "des relations intimes" et "inappropriées" avec Sarah Abitbol, lui présentant des "excuses" que cette dernière a refusées, attendant la "deuxième étape, "celle qui mettra en lumière la responsabilité de tous ceux qui ont couvert, dans le club (les Français volants, NDLR) et à la fédération".

Le scandale s'est en effet rapidement déplacé sur le terrain du silence qui peut régner dans des clubs ou des institutions sportives sur les violences sexuelles. Mardi soir, une cinquantaine de sportifs de haut niveau, dont Teddy Riner, ont appelé à "briser le silence", dans une tribune diffusée sur Le Parisien et sur France tv sport.

Sous pression, Gailhaguet trouvera-t-il une nouvelle fois la parade ?

Ce n'est pas la première fois qu'il est dans le collimateur. Eclaboussé par une affaire de tricherie aux JO de Salt Lake City en 2002, il avait été interdit de toute fonction dans le patinage international pendant trois ans. Il avait également dû démissionner en 2004 de la présidence de la FFSG, après un rapport de la Cour des comptes dénonçant des dérives de gestion, mais il avait retrouvé la tête de la fédération en 2007.