C'est avec une vidéo choc, juxtaposant des déclarations enflammées de Donald Trump et les images de ses partisans faisant irruption violemment au Capitole, que les démocrates ont ouvert mardi au Sénat leur réquisitoire contre l'ex-président, accusé d'"incitation à l'insurrection" lors de l'assaut du 6 janvier.

Vivant désormais en Floride, le milliardaire ne témoignera pas au procès. Et il fait peu de doute qu'il sera, à son terme, acquitté grâce au soutien encore fort chez les républicains.

Mais les démocrates sont apparus mardi décidés à remettre en mémoire des 100 sénateurs qui font office de jurés mais aussi, au-delà, des Américains, la violence de cette journée qui s'est soldée par des morts et restera dans l'Histoire.

Le dossier d'accusation contre Donald Trump se fonde sur des "faits concrets et solides", a lancé le chef des "procureurs" démocrates, l'élu Jamie Raskin, dans le même hémicycle du Sénat où s'étaient précipités les manifestants le 6 janvier.

Pendant de longues minutes, sans aucun commentaire, il a diffusé une vidéo mettant en perspective des séquences concurrentes précédant et illustrant l'assaut meurtrier du Capitole, siège du Congrès américain:

- Le discours de Donald Trump appelant ses milliers de manifestants, réunis devant la Maison Blanche, à manifester "de façon pacifique et patriotique" vers le Capitole. "Vous ne reprendrez jamais notre pays en étant faibles", avait-il lancé à la foule chauffée à blanc.

- L'ouverture empreinte de solennité des séances parlementaires pour certifier la victoire de son rival à la présidentielle Joe Biden.

- Et les images des manifestants forçant les barrières de police puis entrant au Capitole, arpentant ses couloirs à la recherche de parlementaires honnis pendant que les élus, et le vice-président Mike Pence, étaient évacués du Sénat ou se terraient dans les galeries de la Chambre des représentants.

Tout en rappelant que deux heures plus tard, Donald Trump avait tweeté une vidéo martelant que l'élection était une "fraude". S'il appelait les manifestants à rentrer chez eux, il ajoutait: "Nous vous aimons".

Si ces faits "ne sont pas passibles d'une procédure de destitution, alors rien ne l'est", a conclu Jamie Raskin, élu de la Chambre.

- Jurés et victimes -

Situation inédite, les 100 sénateurs qui font office de jurés furent aussi les témoins, et victimes, de l'attaque. Un point que les "procureurs" démocrates ont souligné mardi, en dénonçant les "mensonges" du milliardaire qui avait crié pendant des mois, sans preuve, à la fraude électorale.

"Comme chacun d'entre vous, j'ai été évacué tandis que cette foule violente forçait les portes du Capitole", a déclaré Joe Neguse.

"Les présidents ne peuvent pas enflammer une insurrection dans leurs dernières semaines (de mandat) puis partir comme si de rien n'était", a-t-il insisté, en réponse à l'argument principal de la défense, pour qui un ex-président ne peux pas être jugé au Sénat.

Selon les avocat de Donald Trump, David Schoen et Bruce Castor, il est en effet "absurde et anticonstitutionnel de mener un procès en destitution contre un simple citoyen". Un argument repris par de nombreux sénateurs républicains.

L'ex-président "n'a exhorté personne à commettre des actes illégaux", insistent-ils.

C'est la question constitutionnelle qui occupe les premiers débats mardi. Elle sera tranchée par un vote à la majorité simple. Compte tenu du contrôle démocrate à la chambre haute, il est probable que le procès se poursuive.

La Constitution impose en revanche une majorité des deux tiers pour un verdict de culpabilité. Même si certains républicains sont susceptibles de voter avec les démocrates, la barre semble difficile à atteindre et Donald Trump a toutes les chances d'être acquitté, peut-être dès le début de la semaine prochaine.

- Procès doublement historique -

C'est la première fois qu'un ex-président américain est visé par une procédure de destitution après avoir quitté la Maison Blanche. Et le 13 janvier, le magnat de l'immobilier était déjà devenu le premier président à être frappé deux fois par une mise en accusation ("impeachment") à la Chambre des représentants, cette fois pour "incitation à l'insurrection".

Une chose unit les deux camps: ils veulent aller vite.

Les républicains parce qu'ils ne veulent pas s'attarder sur une séquence qui divise leurs rangs; les démocrates parce qu'ils veulent que le Sénat puisse de nouveau rapidement se concentrer sur leur priorité: approuver les nominations des candidats et les lois de Joe Biden.

Se présentant en "rassembleur" d'une Amérique meurtrie, ce dernier prend soin de se tenir à distance de cette procédure. Le nouveau président ne va pas commenter les argumentaires, d'ailleurs il ne les regarde pas, a souligné encore une fois mardi la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki.