Arméniens et Azerbaïdjanais restaient sourds jeudi à de nouveaux appels au cessez-le-feu et "intensifiaient" même leurs combats au Nagorny Karabakh, où des combattants "jihadistes" auraient été déployés selon Emmanuel Macron, laissant craindre une nouvelle escalade du conflit.

Le chef d'Etat français a assuré disposer d'informations "de manière certaine" sur le déploiement de "combattants syriens de groupes jihadistes" ayant transité par la Turquie, plus fidèle alliée de l'Azerbaïdjan, pour rejoindre ce territoire séparatiste soutenu par Erevan.

La Russie avait fait état d'informations similaires la veille.

"C'est un fait très grave, nouveau, qui change aussi la donne", a ajouté M. Macron, dont le pays fait partie avec la Russie et les Etats-Unis du "groupe de Minsk" chargé d'une médiation dans ce conflit.

Les trois présidents des pays de ce groupe ont d'ailleurs demandé dans un communiqué commun "la cessation immédiate des hostilités".

Le Nagorny Karabakh, en majorité peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30.000 morts. Le front est quasi-gelé depuis malgré des heurts réguliers, notamment en 2016.

Au cinquième jour des affrontements, aucun camp ne semblait avoir un avantage décisif, Bakou et Erevan indiquant que les affrontements se poursuivaient.

- "Coordination russo-turque" -

De leurs côtés, le ministre russe des Affaires étrangères et son homologue turc ont convenu jeudi, lors d'une conversation téléphonique, que leurs deux pays étaient prêts à une "coordination étroite pour stabiliser la situation" au Nagorny Karabakh, selon Moscou.

Néanmoins, la Turquie n'a pas publié de communiqué sur les sujets évoqués pendant cet appel. Une source diplomatique turque a affirmé à l'AFP qu'il avait été question de "l'agression arménienne", sans mentionner l'idée d'une coordination.

La Russie, qui entretient des relations cordiales avec les deux républiques ex-soviétiques, s'est montrée inquiète du rôle de la Turquie, rival géopolitique mais avec qui elle a des relations pragmatiques.

- Tirs de roquettes -

Sur le terrain, la petite ville de Martouni, située à environ 25 kilomètres du front en territoire séparatiste, a été touchée jeudi par des tirs de roquettes d'une violence encore jamais vue depuis la reprise du conflit.

Quatre civils ont été tués par ces tirs, selon les séparatistes, et 11 personnes blessées, dont au moins deux journalistes français du quotidien Le Monde et deux autres arméniens.

Les journalistes (dont une équipe de l'AFP, qui n'a pas été blessée) accompagnaient les autorités locales pour interviewer la population et constater les dégâts quand la ville a été bombardée.

"J'ai construit cette maison avec mes propres mains. Je n'irai plus nulle part", a assuré à l'AFP Artak Aloïan, un travailleur du BTP de 54 ans ayant trouvé refuge dans une cave.

Depuis la reprise des hostilités, seuls des bilans partiels sont communiqués faisant état au total de 136 morts. L'Arménie a annoncé que 104 soldats et 13 civils ont été tués. Bakou se refuse de son côté à communiquer des bilans militaires mais a annoncé la mort de 19 civils.

Depuis dimanche, l'Arménie affirme que 1.280 soldats azerbaïdjanais ont été tués et 2.700 blessés. Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a lui affirmé que 1.900 militaires arméniens étaient morts.

- Risque d'internationalisation -

Emmanuel Macron, Vladimir Poutine et Donald Trump ont encore appelé jeudi "les dirigeants de l'Arménie et de l’Azerbaïdjan à s'engager sans délai à reprendre les négociations".

A l'inverse, le président turc Recep Tayyip Erdogan a estimé qu'un cessez-le-feu ne pouvait passer que par un retrait des forces arméniennes de l'enclave séparatiste.

Les accusations de M. Macron risquent d'envenimer un peu plus les relations entre Paris et Ankara, qui se sont considérablement détériorées ces dernières semaines, notamment autour du conflit gréco-turc en Méditerranée.

La Turquie a assuré Bakou de son soutien, mais une ingérence militaire turque n'est pas établie, seule l'Arménie l'affirmant jusqu'ici, accusant Ankara d'avoir déployé ses avions F-16, de fournir des pilotes de drones et des spécialistes militaires.

Erevan a par ailleurs annoncé jeudi avoir rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv du fait des ventes d'armes israéliennes à l'Azerbaïdjan.

Une intervention directe turque constituerait un tournant majeur et une internationalisation du conflit.