La Chine, où le bilan de l'épidémie de coronavirus s'est alourdi à 258 morts, a mis en garde vendredi contre une "panique inutile" au moment où des pays d'Asie et les Etats-Unis commencent à fermer leurs frontières aux voyageurs en provenance de Chine.

"Il n'est pas nécessaire de paniquer inutilement, ni de prendre des mesures excessives", a estimé l'ambassadeur chinois à l'ONU à Genève, Xu Chen, déclarant que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) fait "pleinement confiance à la Chine".

Pékin s'en est pris à Washington, qui a recommandé à ses ressortissants de ne pas se rendre en Chine ou de quitter ce pays s'ils s'y trouvaient. "Les mots et les actes de certains responsables américains ne sont ni fondés sur les faits ni appropriés", a fustigé une porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying.

Une réaction chinoise intervenue avant même l'annonce par Washington de plusieurs mesures exceptionnelles pour fermer ses frontières ou imposer une quarantaine aux voyageurs revenant de Chine et notamment du berceau de l'épidémie - la ville de Wuhan, dans le centre du pays, et la province du Hubei, dont Wuhan est la capitale - selon qu'ils sont américains ou non.

A partir de dimanche à 22h00 GMT, les autorités interdiront l'entrée sur le territoire des non-Américains s'étant rendus en Chine dans les 14 derniers jours, a décrété le ministre de la Santé Alex Azar.

Pour les ressortissants américains, une quarantaine allant jusqu'à 14 jours sera imposée à ceux qui se sont rendus dans la province du Hubei dans les deux semaines précédentes.

En Asie, le Vietnam a annoncé la suspension des visas de tourisme pour tous les Chinois et les étrangers ayant séjourné en Chine durant les deux dernières semaines. Singapour et la Mongolie ont aussi suspendu l'entrée de l'ensemble des voyageurs en provenance du territoire chinois.

La Chine a fait état samedi de 45 nouveaux décès en 24 heures, soit un bilan national de 258 morts. Et le nombre de patients contaminés approche plus de 11.000 dans tout le pays, la plupart dans le Hubei.

Critiqué par de nombreux Chinois, qui accusent les autorités d'avoir tardé à publier des informations sur le virus, le principal responsable politique de Wuhan a avoué "se reprocher" d'avoir ordonné trop tardivement des restrictions aux déplacements. "Je suis envahi par un sentiment de culpabilité, par les remords", a confié Ma Guoqiang, le secrétaire local du Parti communiste chinois (PCC).

Dans un contexte de forte inquiétude à l'étranger, un avion transportant quelque 200 Français de Wuhan a atterri vendredi près de Marseille (sud de la France). Ces Français seront mis à l'isolement durant 14 jours dans un centre de vacances voisin.

- Pays inquiets -

Un avion transportant 83 Britanniques et 27 autres étrangers a atterri sur une base aérienne à environ 120 kilomètres à l'ouest de Londres, alors que deux cas d'infection au virus ont été confirmés vendredi au Royaume-Uni.

Washington a annoncé vendredi que les 195 Américains rapatriés de Wuhan étaient soumis à une quarantaine obligatoire de 14 jours, la première décrétée par l'Etat fédéral depuis les années 1960.

Et la Russie, où ont été annoncés vendredi les deux premiers cas de coronavirus, s'apprête à évacuer ses ressortissants de Wuhan.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS), critiquée précédemment pour ses atermoiements, a déclaré jeudi que l'épidémie était "une urgence de santé publique de portée internationale".

Si l'immense majorité des cas de contamination restent localisés en Chine, au premier chef dans la province du Hubei, une centaine ont également été déclarés dans une vingtaine d'autres pays, y compris en Europe.

Outre l'Asie, les mesures de précaution internationales s'intensifient également ailleurs dans le monde.

L'Italie et Israël ont annoncé suspendre tous les vols en provenance de Chine, tandis que plus d'une quinzaine de compagnies aériennes, dont Air France, British Airways et Lufthansa, ont déjà interrompu leurs vols vers le pays.

- "Mesures excessives" -

Face à ces mesures, l'OMS a averti jeudi que les restrictions à la circulation des personnes et des biens pendant une urgence de santé publique pourraient s'avérer "inefficaces", perturber la distribution de l'aide et plomber l'économie des pays touchés.

En Chine même, Wuhan et le Hubei sont coupés du monde depuis le 23 février: un cordon sanitaire interdit à quelque 56 millions d'habitants d'en sortir.

Plusieurs pays continuent d'organiser l'évacuation d'une partie de leurs ressortissants piégés à Wuhan. Après le premier avion arrivé vendredi en France, un second vol est prévu plus tard cette semaine afin d'évacuer d'autres Français et des ressortissants d'autres pays européens.

L'Inde a elle aussi envoyé un avion pour récupérer 300 de ses ressortissants.

Trois personnes évacuées en avion par le Japon ont été testées positives à leur arrivée sur le sol japonais. Deux d'entre elles ne présentaient aucun symptôme, ce qui illustre la difficulté de détecter le nouveau coronavirus.

D'autres pays - Italie, Espagne, Allemagne, Canada, Bangladesh - planifient également leurs propres opérations.

A Wuhan, qui garde des allures de ville fantôme, les hôpitaux restent débordés. Pour faire face, les autorités s'activent pour construire en urgence deux nouveaux hôpitaux, qui devraient accueillir leurs premiers patients respectivement les 3 et 6 février.

- Commerces désertés -

"Notre plus grande préoccupation est la possibilité que le virus se propage dans des pays dont les systèmes de santé sont plus faibles", s'est alarmé jeudi le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

D'autant que des transmissions interhumaines se multiplient hors de Chine, du Japon aux Etats-Unis en passant par l'Europe.

A travers la Chine, où les congés du Nouvel an lunaire sont prolongés jusqu'au 2 février, les habitants désertent commerces et restaurants, tandis que les personnes originaires de Wuhan se heurtent à la suspicion.

Les communautés chinoises à l'étranger font elles aussi part d'une recrudescence d'attitudes discriminatoires à leur encontre.

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