Les difficultés d'approvisionnement en vaccins, au coeur d'un vif différend entre Bruxelles et Londres, vont dominer jeudi un sommet de l'Union européenne tandis qu'au Brésil, la pandémie de Covid-19, totalement hors de contrôle, a fait plus de 300.000 morts.

Deuxième pays le plus endeuillé au monde derrière les Etats-Unis, le Brésil a enregistré près de 90.000 cas supplémentaires de contamination en 24 heures. En un an, 12,2 millions de personnes ont été infectées par le coronavirus dans ce pays de 212 millions d'habitants, et 300.685 d'entre elles en sont mortes.

Partout dans le pays, les services de soins intensifs sont au bord du point de rupture et leurs personnels à la limite de l'épuisement. La presse a rapporté des situations dramatiques: corps entassés dans les couloirs d'hôpitaux débordés, ou décès d'une centaine de personnes faute de lits en réanimation. Les stocks d'oxygène et de kits d'intubation ont atteint par endroits un niveau critique.

La flambée épidémique au Brésil suscite une inquiétude croissante dans le reste du monde, en raison de la propagation du variant amazonien P1, qui serait plus contagieux et plus létal.

En Europe, où la pandémie connaît également une nouvelle recrudescence, l'UE et le Royaume-Uni, en désaccord sur la gestion des stocks de vaccins produits sur le continent par le groupe AstraZeneca, ont affirmé leur intention de régler ce litige par la négociation.

Un sommet virtuel des 27 pays membres de l'UE s'ouvre jeudi à Bruxelles et sera consacré essentiellement à l'épineux sujet des vaccins. Alors que plusieurs pays de l'UE durcissent les restrictions pour faire face à la pandémie, la lenteur des campagnes vaccinales et les problèmes de livraisons d'AstraZeneca nourrissent les frustrations et les tensions.

Pour y répondre, la Commission a renforcé un mécanisme de contrôle des exportations de vaccins mis en place en janvier. La démarche a suscité les critiques de Londres, premier destinataire des doses exportées par le continent.

Face à "une très grave situation épidémiologique", l'UE "continue d'exporter des volumes importants vers des pays" produisant leurs propres vaccins ou ayant déjà largement vacciné leur population, a regretté mercredi le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis.

Il faisait allusion au fait que l'UE a exporté quelque 10 millions de doses, tous vaccins confondus, vers le Royaume-Uni, mais n'a reçu en retour aucune dose produite outre-Manche. Alors que le contrat signé par AstraZeneca prévoyait la livraison de doses provenant de deux usines britanniques.

L'entreprise avait expliqué que son contrat avec Londres l’obligeait à honorer en priorité les commandes britanniques.

- "Résoudre les déséquilibres"

L'UE "exporte à grande échelle" mais "les routes doivent être empruntées dans les deux sens", a averti la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a mis en garde contre tout "blocus arbitraire" de vaccins anti-Covid. "Je pense que les blocus des vaccins ou des ingrédients pour vaccins constituent un sujet sensible", a insisté M. Johnson, soulignant que les vaccins étaient le fruit d'une "coopération internationale".

Mercredi, l'UE et les autorités britanniques ont fait savoir qu'elles travaillaient à trouver une solution "mutuellement bénéfique" pour résoudre ces tensions.

AstraZeneca, critiqué par le régulateur américain pour lui avoir potentiellement fourni des données "obsolètes" sur ses essais cliniques, a revu à la baisse l'efficacité de son vaccin: ce dernier n'est efficace qu'à 76% contre les cas symptomatiques de la maladie, au lieu des 79% déclarés initialement.

Le Royaume-Uni a indiqué qu'il pourrait prochainement placer la France sur une "liste rouge" et durcir les contrôles des arrivées en provenance de l'Hexagone qui a ajouté mercredi trois départements aux seize soumis à des mesures de freinage de l'expansion de la maladie.

- Pause pour Pfizer en Asie -

Après les mises en causes du vaccin AstraZeneca, en Europe et aux Etats-Unis, c'est celui de Pfizer/BioNTech qui pose problème à Macao et Hong Kong: son utilisation y a été suspendue après la découverte de capsules défectueuses sur un lot.

Par principe de précaution, la vaccination en cours a été suspendue le temps de l'enquête. De nombreux vaccins sont expédiés sous forme concentrée dans des flacons et sont ensuite dilués avant d'être administrés.

Au Japon, le relais de la flamme olympique des Jeux de Tokyo, retardés à cet été à cause de la pandémie, a été lancé jeudi à Fukushima (nord-est) en l'absence de public.

Aux Etats-Unis, les responsables chargés de la gestion de la crise sanitaire se sont félicités de constater les premiers effets positifs de la vaccination, notamment sur les visites aux urgences des plus âgés, en baisse.

"Nous voyons à présent une diminution significative du nombre de visites aux urgences des personnes de plus de 65 ans, à mesure que cette tranche d'âge a été vaccinée", s'est réjouie lors d'un point presse Rochelle Walensky, la directrice des Centres de lutte et de prévention contre les maladies (CDC).

La pandémie a fait au moins 2,73 millions de morts dans le monde depuis fin décembre, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles mercredi.

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