Le Liban se reconfine vendredi, parmi les restrictions qui se multiplient, alors que la facture socio-économique de la pandémie ne cesse de s'alourdir: 100 millions de personnes sont menacées par l'extrême pauvreté dans le monde et l'Allemagne attend un nouveau déficit budgétaire important.

Au Liban, confronté à des taux records de contaminations et des hôpitaux débordés par les malades du Covid-19 et les blessés de la gigantesque explosion du 4 août au port de Beyrouth, un reconfinement décrété par les autorités entre en vigueur vendredi pour plus de deux semaines. Il est assorti d'un couvre-feu quotidien de 18H00 à 06H00 locales.

Prévues jusqu'au 7 septembre, ces mesures ne concernent pas les quartiers sinistrés par l'explosion meurtrière, où les travaux de déblayage, de reconstruction et l'aide à la population pourront se poursuivre.

Le pays, qui a recensé officiellement jusqu'à présent au moins 9.758 cas de coronavirus, dont 107 décès, est "au bord du gouffre", avait averti le ministre de la Santé Hamad Hassan.

Avec plus d'un millier de cas quotidiens depuis début août, la situation s'aggrave aussi au Maroc, conduisant Casablanca et Marrakech, les capitales économique et touristique, à revenir jeudi à une forme de confinement sévère. Le roi Mohamed VI a exprimé son inquiétude face à la "multiplication exceptionnelle des cas d'infection", appelant les citoyens à plus de civisme pour éviter un reconfinement du pays.

- Rebond -

En Europe, les chiffres de nouveaux cas de contaminations en 24 heures publiés jeudi en France, en Italie, en Allemagne ou en Espagne sont inquiétants et montrent un rebond de la pandémie, souvent à la faveur des vacances, de fêtes et de déplacements.

En Espagne, 7.039 nouveaux cas se sont déclarés. En France, le chiffre était de 4.771 nouveaux cas, une progression inédite depuis mai. En Italie, le ministère de la Santé a fait état de 845 nouveaux cas alors qu'en Allemagne, 1.707 infections supplémentaires ont été dépistées.

Berlin, sur le qui-vive face à une menace croissante de deuxième vague, a déclaré zones à risque pratiquement toute l'Espagne et une partie des côtes touristiques de la Croatie - des destinations prisées des vacanciers allemands - et imposé tests et quarantaines au retour.

Jeudi soir, la Slovénie, elle aussi inquiète de la hausse des infections, a à son tour annoncé la mise en place progressive de restrictions de déplacement avec la Croatie à partir de minuit. Les voyageurs en provenance du pays voisin devront observer une quarantaine.

Malgré ce fort rebond des contaminations, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé jeudi que la pandémie de Covid-19 pouvait être gérée en Europe sans verrouiller à nouveau la société grâce à la préparation des autorités et aux connaissances accumulées ces derniers mois.

Avec le Fonds de l'ONU pour l'enfance (Unicef), elle a également appelé les gouvernements africains à favoriser la réouverture des écoles fermées depuis près de six mois, en prenant des mesures pour éviter la propagation du virus.

- Allemagne: nouvel emprunt -

L'épidémie a fait au moins 788.242 morts depuis fin décembre, selon un bilan établi jeudi par l'AFP à partir de sources officielles. L'Amérique latine et les Caraïbes ont franchi la barre des 250.000 morts, le Brésil à lui seul recensant 112.304 décès. L'Argentine a enregistré un record journalier de contaminations avec plus de 8.000 nouveaux cas.

Les Etats-Unis restent le pays le plus endeuillé avec 174.178 décès, selon un décompte de l'université Johns Hopkins.

La crise sanitaire du Covid-19 et son cortège d'emplois détruits et de difficultés d'approvisionnement, pourrait entraîner dans l'extrême pauvreté 100 millions de personnes supplémentaires à travers le monde, a alerté jeudi le président de la Banque mondiale David Malpass, dans un entretien à l'AFP.

L'institution estime que 70 à 100 millions de personnes pourraient ainsi devoir vivre avec moins de 1,90 dollar par jour, et leur nombre "pourrait augmenter" si la pandémie s'aggrave ou dure. Une précédente estimation faisait état de 60 millions de personnes.

Cette situation rend "impératif", pour les créanciers, de réduire la dette des pays pauvres, a déclaré David Malpass, allant plus loin que les appels à prolonger le moratoire sur la dette des pays les plus pauvres.

En Amérique latine et aux Caraïbes, l'épidémie accentue les inégalités et la pauvreté. Selon la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), la pandémie devrait faire retomber dans la pauvreté 45 millions de personnes, portant le total à 231 millions, soit 37,3% de la population de la région.

"Je me retrouve au chômage à cause de cette pandémie. Il y a des jours où nous ne mangeons pas parce que la situation est difficile", raconte Milena Maia, une Brésilienne de 35 ans, habitante de la favela de Heliopolis, qui abrite 200.000 personnes à Sao Paulo.

L'impact durable de la pandémie force également l'Allemagne, première économie européenne, à rompre pour la deuxième année consécutive avec son orthodoxie budgétaire: Berlin va devoir recourir de nouveau à l'emprunt pour financer un déficit budgétaire important en 2021, a annoncé vendredi le ministre des Finances.

"Nous allons être contraints également l'an prochain de demander une exception à la règle sur la limitation de l'endettement" public en Allemagne pour financer le budget, et ce "afin d'utiliser des moyens considérables pour protéger la santé des citoyens et stabiliser l'économie", a déclaré Olaf Scholz.