Les Parisiens sortent masqués vendredi: devant la recrudescence du Covid -19, la France rend le masque obligatoire partout dans sa capitale, alors que l'Allemagne renforce son arsenal contre la pandémie qui a dépassé le cap des 180.000 morts aux Etats-Unis, le pays le plus endeuillé.

Dès 08h00 vendredi, le port du masque - jusqu'à présent limité à quelques secteurs très fréquentés - sera de rigueur à tout moment dans toutes les rues de Paris sous peine d'une amende de 135 euros, ont annoncé les autorités jeudi. La mesure concerne les piétons, les cyclistes, les motards, ainsi que les adeptes du footing ou de la trottinette.

"Ça me surprend que ça vienne si vite. On a déjà du mal à respirer ! Encore, dans les transports je comprends, mais je ne pense pas que le virus se promène dans l'air comme ça", réagit Marietha Adhot, une quadragénaire fumant sa cigarette.

Sylvie Soufir estime au contraire que le gouvernement aurait "dû le faire depuis bien longtemps". Je pense qu'ils ont attendu que l'été passe, peut-être pour laisser les touristes et les gens consommer."

La généralisation du masque pourrait gagner d'autres grandes villes du pays, où un record de contaminations a été atteint jeudi avec 6.111 nouveaux cas en 24 heures. Un total de 21 départements sont désormais placés en "zone rouge", dont celui des Alpes-Maritimes (sud-est) où doivent avoir lieu les deux premières étapes du Tour de France cycliste qui commence samedi.

Le départ à Nice se tiendra donc en "quasi huis clos", selon une décision des autorités, et le long du parcours dans la ville et dans son arrière-pays montagneux, le port du masque sera obligatoire.

- "Vigilants" -

Paris est considérée comme une zone à risque par plusieurs pays: la ville vient d'être ajoutée par la Belgique à sa liste des destinations européennes qui ne sont plus autorisées, et le Danemark a déconseillé les voyages "non nécessaires" en France.

L'Allemagne va de son côté augmenter à au moins 50 euros les amendes pour non-port du masque et renforcer les contrôles pour s'assurer du respect des périodes de quarantaine.

Même si la propagation du virus dans le pays reste plus faible qu'au printemps, Berlin pointe le fait que "ces dernières semaines, le nombre d'infections a de nouveau augmenté" et s'inquiète surtout de l'importation de nouveaux cas avec les retours de vacances.

"Beaucoup de mobilité a été possible pendant l'été, mais nous devons maintenant être vigilants", a averti la chancelière Angela Merkel.

Le pays va aussi prolonger jusqu'à la fin de l'année l'interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes en plein air, avec une éventuelle dérogation pour les matchs de football.

En Espagne, les enfants devront porter le masque à tout moment à l'école à partir de 6 ans, a annoncé jeudi le gouvernement. Sur les 14 derniers jours, le pays a enregistré 190 nouveaux cas pour 100.000 habitants, de loin le taux le plus élevé dans l'Union européenne.

Mais c'est aux Etats-Unis que le virus a été le plus meurtrier. Un nouveau palier a été franchi jeudi avec 180.527 décès pour 5.860.397 cas recensés, selon le comptage de l'université Johns Hopkins. En 24 heures, le coronavirus a tué 931 personnes supplémentaires.

Ce qui n'a pas empêché le président Donald Trump, qui a accepté formellement jeudi l'investiture républicaine pour briguer un second mandat, de vanter son action face au Covid-19 et de prédire l'éradication prochaine de la maladie, dans un discours combatif.

"Nous produirons un vaccin avant la fin de l'année, et peut-être même plus tôt!", a-t-il promis devant ses partisans à Washington. "Nous vaincrons le virus, mettrons fin à la pandémie et émergerons plus forts que jamais", a encore assuré M. Trump, très critiqué pour ses atermoiements face à la pandémie dont il a longtemps promis qu'elle disparaîtrait par "miracle".

La pandémie a tué au moins 826.512 personnes dans le monde depuis fin décembre, selon un bilan établi par l'AFP jeudi à 11h00 GMT.

- "Morts de se sentir trop seuls" -

Après presque six mois de fermeture, et plusieurs semaines après de grands musées européens comme le Louvre, le MoMA - célèbre musée d'art moderne new-yorkais - a été jeudi le premier grand musée de la "grosse pomme" à rouvrir ses portes. Pour le plus grand bonheur de ses rares visiteurs, la jauge étant limitée à 100 personnes par heure.

"J'aime quand il n'y a pas trop de monde, que les gens ne parlent pas et ne prennent pas de photo, tout ça est formidable", savoure Alan Orenbuch, 66 ans.

En Amérique latine - région du monde comptant le plus grand nombre de contaminations - l'activité reprend à Bogota, où les embouteillages ont refait leur apparition: malgré la forte circulation du virus, et pour relancer le commerce, les huit millions d'habitants de la capitale colombienne ont été autorisés à reprendre leurs activités après plus de cinq mois de confinement. Un assouplissement fondé sur l'utilisation généralisée du masque dans l'espace public.

En Argentine, la ville de Buenos Aires a adopté jeudi une loi assurant un "droit à l'adieu" pour les patients atteints de formes graves du Covid-19, qui meurent souvent dans la solitude. Un proche âgé de 18 à 60 ans pourra ainsi accompagner le malade du coronavirus en phase terminale.

"Dans une grande partie du monde, on a défini le coronavirus comme la maladie de la solitude. Il existe de nombreux cas où les proches ressentent que leurs êtres chers sont morts de se sentir trop seuls", a expliqué l'initiateur du projet de loi, le député Facundo del Gaiso.

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