Donald Trump a renoncé jeudi à la convention républicaine qui devait avoir lieu en Floride le mois prochain, à cause de la pandémie de nouveau coronavirus, qui a franchi la barre symbolique des quatre millions de contaminations aux Etats-Unis.

La maladie semble marquer le pas dans plusieurs régions du pays, mais la Californie a encore battu un record de contaminations. Et les experts préviennent que les sous-capacités de tests empêchent de prédire quand la pandémie atteindra son "pic".

Dans ce contexte de fortes incertitudes, le président a annoncé qu'il annulait la "grande" convention républicaine prévue à Jacksonville pour l'introniser comme candidat du parti à la présidentielle du 3 novembre.

"Nous n'allons pas faire une grande convention publique en tant que telle, ce n'est pas le moment", a-t-il déclaré lors d'un point-presse à la Maison Blanche, en estimant qu'il était de son devoir de président de "protéger les Américains".

La convention républicaine était initialement prévue à Charlotte en Caroline du Nord, du 24 au 27 août, mais le gouverneur démocrate de l'Etat avait souhaité un format réduit pour respecter les recommandations sanitaires. Certains événements maintenus à Charlotte par respect pour les contrats signés auront tout de même lieu fin août, a précisé Donald Trump.

Accusé d'avoir longtemps minimisé l'ampleur de la crise pour favoriser ses chances de réélection, le milliardaire new-yorkais a opéré ces derniers jours une volte-face.

Admettant que la situation allait encore "empirer", il a commencé à prôner le port du masque, un geste "patriotique" selon lui.

- Lueur d'espoir -

Les Etats-Unis sont le pays le plus endeuillés au monde avec plus de 144.000 morts. Et le pays a atteint jeudi quatre millions de cas recensés, avec un million de tests positifs en quinze jours.

Mais, si l'on s'en tient au nombre officiel de nouveaux cas détectés, plusieurs Etats ont stoppé la hausse exponentielle qui était observée en juin, comme l'Arkansas, l'Iowa, les Caroline du Nord et du Sud.

L'Arizona donne de l'espoir. Le nombre de nouveaux cas détectés dans cet Etat voisin de la Californie a certes atteint les 20.000 en sept jours, mais c'était 11% de moins que la semaine précédente et les hospitalisations y sont nettement en baisse..

"Les choses s'améliorent", témoignait jeudi Matthew Heinz, médecin dans un hôpital de Tucson, qui crédite le port du masque, notamment par un gouverneur républicain longtemps réfractaire. "Beaucoup plus de gens portent des masques par rapport à il y a un mois", dit-il à l'AFP.

Sur l'ensemble du pays, l'épidémie est loin d'être contenue. Mais le nombre de nouveaux cas a augmenté de 7% en une semaine, soit moins que les +20% enregistrés dans les semaines précédentes. Le pays a identifié plus de 60.000 nouveaux cas quotidiennement depuis neuf jours.

Les modèles épidémiques prédisent, en moyenne, un pic national dans les quatre prochaines semaines, selon Nicholas Reich, de l'université du Massachusetts.

Il prévient qu'on ne peut pas être certain d'avoir atteint un tournant, car dans des endroits comme le Texas et la Floride, les résultats des tests mettent plusieurs jours à être communiqués, ce qui brouille le suivi en temps réel de l'épidémie.

La stabilisation "est sans doute en partie due aux embouteillages de tests", dit Nicholas Reich à l'AFP.

- Morts à venir -

William Schaffner, professeur à l'université Vanderbilt, préfère rester pessimiste pour l'instant. "Les circonstances restent très, très fragiles", dit-il à l'AFP. "Beaucoup de gens continuent à ignorer la distanciation physique et les masques".

Le consensus scientifique est que la vague des décès suit de trois ou quatre semaines celle des infections. La courbe des cas est repartie à la hausse mi-juin, et celle des morts remonte modérément depuis début juillet sans signe de ralentissement, atteignant ces deux derniers jours environ un millier de morts.

Il est difficile de prédire jusqu'où les morts monteront, car la mortalité n'est plus aussi forte qu'au début de la pandémie, quand les médecins découvraient une toute nouvelle maladie. Aujourd'hui deux médicaments ont prouvé leur efficacité, les hôpitaux utilisent les respirateurs de façon plus subtile, et les malades sont plus jeunes.

"Mais tout comme en avril, stabiliser ne suffira pas: le but est de supprimer, pas juste d'atténuer", dit à l'AFP Thomas Tsai, médecin et chercheur à Harvard.

Lui s'inquiète déjà de voir d'autres régions prendre le relais, comme le Missouri. Le Mississippi et Porto Rico sont aussi en pleine explosion.

L'erreur des Etats-Unis fut de brûler les étapes du déconfinement en mai, et d'avoir rouvert trop tôt, trop vite, avant que la courbe des contagions soit complètement redescendue comme en Europe.

Si un tournant était réellement atteint cet été, Thomas Tsai insiste que le pays devra avoir la patience de continuer distanciation physique, port du masque, et une politique proactive de tests.