Un an jour pour jour après le spectaculaire confinement décrété à Wuhan, une ville chinoise désormais débarrassée du coronavirus, plusieurs pays imposent samedi de nouvelles restrictions face à une épidémie qui ne faiblit pas et à l'inquiétude suscitée par les variants du virus.

"Nous sommes à 400.000 morts" et leur nombre "devrait atteindre beaucoup plus que 600.000", a ainsi déclaré vendredi le nouveau président américain Joe Biden, qui n'avait jamais évoqué un bilan si lourd.

Un regain épidémique limité s'est matérialisé ces derniers jours dans certaines régions de Chine. Pékin a par exemple entamé vendredi le dépistage de deux millions de ses habitants après quelques cas de Covid, dont certains du variant anglais.

Mais à Wuhan, une métropole de 11 millions d'habitants et le berceau de la pandémie qui a fait plus de deux millions de morts, d'où le virus a arrêté de circuler en mai dernier, rien ne rappelle l'ambiance apocalyptique qui régnait un an plus tôt.

Les fêtards savourent leur liberté retrouvée et des habitants s'adonnaient samedi matin à leurs exercices physiques le long du Yangtsé, tandis que des groupes de retraités dansaient dans un parc, par un temps brumeux.

S'il est trop tôt pour savoir si le Covid-19 a son origine en Chine, a déclaré vendredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui effectue une mission dans ce pays, Wuhan apparaît aujourd'hui comme un havre de paix sanitaire, au regard du reste du monde.

- Restrictions et lassitude -

De nouvelles restrictions sont ainsi imposées dans de nombreux pays pour répondre à l'inquiétude qui monte face aux dangers représentés par les variants du coranavirus, en dépit de la lassitude qui elle aussi grandit.

Un couvre-feu nocturne entre en vigueur samedi aux Pays-Bas tout comme un nouveau confinement pendant le week-end en Colombie. Et il faut désormais un test pour être autorisé à entrer en Israël.

La Norvège a annoncé samedi des mesures de semi-confinement dans la capitale Oslo et sa région, les plus strictes depuis le début de l'épidémie, après la détection de cas du variant anglais.

Plus tôt cette semaine, plusieurs Etats européens avaient annoncé un renforcement des restrictions. La Belgique a ainsi décidé d'interdire à sa population les voyages non essentiels hors de ses frontières à compter de mercredi et ce jusqu'au 1er mars.

Sous confinement depuis une semaine, le Portugal a fermé vendredi ses écoles, crèches et universités pour 15 jours.

En Espagne, les fêtes de fin d'année ont fait bondir les contaminations. La région de Madrid, l'une des plus touchées, a rendu publiques vendredi de nouvelles restrictions, avançant l'heure du couvre-feu et celle de la fermeture des bars et des restaurants.

Hong Kong a instauré un premier confinement pour ce week-end, dans un quartier pauvre et densément peuplé.

Ces nouvelles restrictions ne vont pas sans heurts avec une partie de la population, qui se désespère de retrouver sa vie d'avant, aux tables des restaurants, au théâtre, au cinéma ou à la terrasse des cafés.

Ces derniers rouvrent ainsi samedi à Jince en République tchèque pour protester contre leur fermeture. A Copenhague, une manifestation d'opposants aux restrictions doit se dérouler dans l'après-midi.

- Encore plus mortel -

Ajoutant à l'inquiétude, le variant du coronavirus découvert pour la première fois en Grande-Bretagne pourrait être plus mortel encore, selon le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Pour les hommes âgés d'une soixantaine d'années, le risque de mortalité est de 10 sur 1.000 avec le virus, un chiffre qui atteint 13 à 14 sur 1.000 avec le nouveau variant, a affirmé le conseiller scientifique du gouvernement, Patrick Vallance.

L'agence européenne chargée des épidémies a de son côté relevé à "élevé/très élevé" le risque lié aux nouveaux variants, prévoyant "une escalade rapide de la rigueur des mesures dans les semaines à venir".

Autre mauvaise nouvelle, les livraisons du vaccin AstraZeneca/Oxford en Europe seront moins importantes que prévu en raison d'une "baisse de rendement" sur un site de fabrication, a dit vendredi le groupe britannique à l'AFP.

La France a quant à elle demandé vendredi au laboratoire américain Pfizer de respecter ses engagements de livraisons. Mais le plan de vaccination dans ce pays n'est pas remis en cause, a assuré samedi la ministre déléguée à l'Industrie, Agnés Pannier-Runacher.

Le vaccin "Spoutnik V" de la Russie n'a pas encore été autorisé dans l'UE, mais le gouvernement hongrois, critique des "lenteurs" européennes, a annoncé vendredi un accord pour en acheter jusqu'à deux millions de doses.

L'autre vaccin Moderna a lui suscité quelques craintes en raison de cas d'allergies sévères. Mais celles-ci sont rares et n'ont concerné que 10 personnes sur plus de quetre millions de premières doses administrées aux Etats-Unis, ont déclaré vendredi les autorités sanitaires américaines.

- Rio renonce à son carnaval -

Après un pic, la pandémie a pourtant décéléré partout cette semaine (634.200 nouveaux cas quotidiens en moyenne, soit -12%), sauf en Amérique latine où la ville de Rio de Janeiro a renoncé à organiser cette année son traditionnel carnaval.

Le Brésil, en pleine deuxième vague, commence tout juste sa campagne de vaccination et connaît déjà des ratés, tandis que les scientifiques alertent sur un possible manque de doses, de composants et même de seringues.

Au rang des bonnes nouvelles, une initiative citoyenne de financement participatif au Malawi a permis de collecter 100.000 dollars en une semaine pour augmenter les ressources de lutte contre le Covid-19 dans les hôpitaux publics.

Au Sri Lanka, la ministre de la Santé Pavithra Wanniarachchi, qui cautionnait publiquement la sorcellerie et une potion magique pour endiguer la flambée des nouveaux cas dans l'île, a de son côté été testée positive et va s'isoler.

L'épidémie a fait 2.107.903 morts et contaminé plus de 98 millions de personnes, selon un comptage de l'AFP. L'Europe et l'Amérique du Nord concentrent les deux tiers des nouvelles contaminations.

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