Les Etats-Unis ont rappelé mercredi leur personnel diplomatique non essentiel en Irak en invoquant une "menace imminente" en "lien direct" avec l'Iran voisin, en pleine escalade des tensions qui a poussé d'autres pays à prendre des mesures de précaution.

L'administration américaine de Donald Trump a fait monter la pression sur Téhéran ces derniers jours et a ostensiblement renforcé sa présence militaire dans le Golfe, faisant état de préparatifs iraniens d'attaques contre des intérêts américains dans la région.

Dans la nuit de mardi et mercredi, le département d'Etat a publié une alerte de sécurité dans laquelle il explique avoir donné l'ordre de partir au personnel américain gouvernemental non essentiel de l'ambassade à Bagdad ainsi que du consulat à Erbil, au Kurdistan irakien, "en raison du flux de menaces accru".

"Il s'agit d'une menace imminente contre notre personnel", a ensuite déclaré un haut responsable américain à des journalistes à Washington. Cette menace "est réelle", a-t-il insisté, évoquant notamment la responsabilité de "milices irakiennes sous commandement et contrôle des Gardiens de la Révolution iraniens", l'armée idéologique de la République islamique d'Iran.

"C'est directement lié à l'Iran, de multiples flux de menaces en lien direct avec l'Iran", a renchéri un autre responsable.

Les responsables américains ont assuré que ce rappel n'était en revanche pas motivé par une action militaire imminente des Etats-Unis contre l'Iran ou ses groupes alliés dans la région. "Il n'y a absolument aucune volonté ou intérêt pour un conflit militaire avec quiconque", a dit l'un d'eux, en écho au chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo qui a affirmé la veille à Moscou que Washington ne cherchait "pas une guerre avec l'Iran".

Peu après la décision américaine, les armées allemande et néerlandaise ont annoncé avoir suspendu jusqu'à nouvel ordre leurs opérations de formation militaire en Irak. Berlin, qui déploie actuellement quelque 160 instructeurs sur place, a invoqué une "vigilance accrue", tandis que La Haye, qui dispose de 50 instructeurs, a évoqué des "menaces".

Alors que le guide suprême iranien Ali Khamenei avait assuré mardi qu'il "n'y aurait pas de guerre avec les Etats-Unis", le ministre de la Défense Amir Hatami a déclaré mercredi que son pays sortirait "la tête haute" de cette confrontation, promettant au "front américano-sioniste" d'"éprouver le goût amer de la défaite".

- Aucune "aggravation" -

Le Kremlin s'est pour sa part dit inquiet de cette "escalade des tensions" qui "se poursuit", accusant Washington de "provoquer" Téhéran.

Mike Pompeo avait effectué la semaine dernière une visite surprise à Bagdad pour, avait-il expliqué, partager avec les dirigeants irakiens "les informations qui indiquent une escalade des activités de l'Iran". Il avait déclaré avoir reçu des garanties quant à la protection des "Américains dans leur pays".

Face à ces menaces iraniennes présumées, aux contours encore flous, le Pentagone n'a cessé de renforcer sa présence dans la région depuis dix jours, dépêchant sur place un porte-avions, des bombardiers B-52, un navire de guerre et une batterie de missiles Patriot.

Le général Chris Ghika, un porte-parole britannique de la coalition internationale, sous commandement américain, présente en Irak et Syrie pour lutter contre les jihadistes, a toutefois démenti mardi toute "aggravation de la menace posée par les forces pro-iraniennes", plongeant l'administration Trump dans l'embarras.

Ces propos "contredisent les menaces crédibles reçues des services de renseignement américains et alliés concernant les forces pro-iraniennes dans la région", a rétorqué le Pentagone. Le département d'Etat a également tenté mercredi de minimiser ses déclarations.

Selon le New York Times, le ministre américain de la Défense, Patrick Shanahan, a présenté à des conseillers de Donald Trump un plan selon lequel jusqu'à 120.000 hommes pourraient être envoyés au Moyen-Orient si l'Iran attaquait des forces américaines. Un projet démenti par le président des Etats-Unis, qui a toutefois prévenu: "Si nous devions le faire, nous enverrions beaucoup plus d'hommes que ça".

Autres sources de tensions, de mystérieux "actes de sabotage" de quatre navires au large des Emirats arabes unis, dont les auteurs restent inconnus, et une attaque de drones contre des stations de pompage de pétrole en Arabie saoudite qui a été revendiquées par les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran.

Les Emirats ont plaidé mercredi pour une désescalade des tensions.