L'essentiel est assuré, mais pour le reste... Le XV de France a éprouvé pendant une heure de grosses difficultés pour battre les États-Unis (33-9), équipe a priori la plus faible de sa poule, mercredi à Fukuoka (sud du Japon) pour confirmer son succès inaugural à la Coupe du monde contre l'Argentine (23-21).

L'objectif est atteint, avec ce deuxième succès, assorti du point de bonus offensif, qui permet aux Bleus de garder leur destin entre les mains avant d'affronter, dès dimanche à Kumamoto, les Tonga. Avec, potentiellement, la qualification pour les quarts de finale en jeu.

Mais l'idée générale, avant de se mesurer aux rugueux joueurs du Pacifique Sud, était de s'épargner des souffrances mentales autant que physiques pour que les remplaçants qui seront titulaires dimanche gardent de l'influx.

Mission ratée pour les Bleus, dans un de ces matches face à plus faible sur le papier qu'ils ne parviennent que très rarement, dans leur histoire, à prendre et terminer par le bon bout.

La catastrophe industrielle d'une défaite comme celle subie face aux Tonga lors du Mondial-2011 (19-14) a été évitée.

Mais c'est un euphémisme d'écrire que les Bleus, s'ils n'ont jamais été menés, ont vécu une deuxième période crispante jusqu'aux troisième et quatrième essais, libérateurs, inscrits coup sur coup par Gaël Fickou (67e, 19-9) et Baptiste Serin (70e). Face à des "Eagles" laminés par les Anglais en ouverture (45-7) mais qui ont manqué de souffle six jours plus tard.

- Trois petits points d'avance -

Les États-Unis sont ainsi revenus à trois petites longueurs (12-9) après une pénalité de AJ MacGinty (61), sanctionnant une énième faute française (ballon gardé au sol par Maxime Médard après un cafouillage d'Alivereti Raka).

Et même si un essai de Raka, sur une passe jugée à tort en avant par l'arbitre néo-zélandais Ben O'Keeffe (50e), aurait dû mettre les Bleus à l'abri plus tôt, ils ne peuvent se réfugier derrière cette erreur pour expliquer la très pâle copie rendue pendant une heure.

Lors de ces vingt dernières minutes sous tension, l'apport des remplaçants, comme Serin, a été appréciable. Mais si le demi de mêlée n'était pas sur la feuille de match face aux Pumas, certains titulaires face à ces derniers ont probablement, score serré oblige, joué davantage que l'encadrement ne l'aurait voulu en vue de dimanche.

Ainsi le capitaine Guilhem Guirado est entré dès le début de la seconde période, suivi quelques minutes plus tard et face aux difficultés en mêlée fermée, de ses partenaires de la première ligne Jefferson Poirot et Rabah Slimani. Médard, à l'arrière, et Sébastien Vahaamahina, en deuxième ligne, sont eux sortis du banc avant l'heure de jeu...

- Des points de perdus -

Soixante premières minutes où le XV de France a cafouillé son rugby, à part sur deux éclairs, deux essais qu'il doit en grande partie aux inspirations au pied de Camille Lopez, ouvreur titulaire après avoir offert le drop de la victoire en sortant du banc contre les Argentins.

Le premier, un petit coup de pied par-dessus dont s'est saisi Yoann Huget (6) pour aller s'affaler dans l'en-but, est parti d'une superbe action, avec une relance de Thomas Ramos, puis de bons relais d'Emerick Setiano (1re titularisation), Bernard Le Roux et Sofiane Guitoune.

Lopez est en revanche beaucoup plus largement à créditer pour le second, une lumineuse passe transversale, après une feinte pour renverser le jeu, à destination d'Alivereti Raka (24e).

Raka, mais aussi Guitoune ou Maxime Machenaud et d'autres... Dans cette équipe remaniée aux trois-quarts (12 changements), certains "coiffeurs" qui pouvaient peut-être espérer bousculer la hiérarchie en ont manqué l'occasion. Et certains choix devraient être faciles à faire pour l'encadrement en vue des rendez-vous face aux Tongiens et aux Anglais.

Mais la bouillie servie a surtout été collective: le XV de France a multiplié les imprécisions (18 ballons perdus !) et s'est de nouveau montré indiscipliné (10 pénalités mais 8 à la mi-temps), comme face aux Pumas. Et comme face aux Pumas, il a souffert en conquête (une pénalité contre) jusqu'à l'entrée en jeu de sa première ligne titulaire et a été bougé sur les ballons portés, offensifs et défensifs. Heureusement, la fin est venue sauver les apparences.