Des combats entre forces loyales et rebelles ont fait des dizaines de morts et de blessés ces dernières 24 heures au Yémen, pays en guerre où la moitié des enfants de moins de cinq ans vont souffrir de malnutrition selon l'ONU.

Le conflit dans ce pays pauvre de la péninsule arabique oppose les troupes progouvernementales, appuyées depuis 2015 par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite, aux rebelles Houthis qui se sont emparés de pans de l'ouest et du nord du Yémen dont la capitale Sanaa.

Les Houthis sont soutenus politiquement par l'Iran chiite, rival régional de l'Arabie saoudite sunnite. Téhéran dément fournir des armes aux rebelles yéménites.

Alors que les combats avaient baissé en intensité ces derniers mois au Yémen, ils ont repris de plus belle dans la région de Marib (nord), aux mains du pouvoir, après la reprise le 8 février de l'offensive des rebelles. En outre, les rebelles ont repris leurs attaques contre des cibles en Arabie saoudite voisine.

"Des dizaines de personnes ont été tuées et blessées dans les deux camps, la plupart des morts étant des Houthis touchés par des frappes aériennes", a déclaré vendredi une source gouvernementale à l'AFP.

L'armée saoudienne utilise son aviation contre les rebelles yéménites.

- Appel à l'aide des tribus -

Jeudi, les rebelles ont tiré un missile balistique dans la banlieue de Marib "tuant huit soldats et blessant beaucoup d'autres", selon la même source.

Et d'après des sources militaires gouvernementales, l'aviation saoudienne a mené plusieurs frappes contre les positions des Houthis près de Marib, tuant tous les passagers à bord de huit véhicules en provenance de Sanaa.

A Marib, les forces gouvernementales appellent les tribus locales à les soutenir, selon des habitants.

Cette région est l'une des rares restées aux mains des loyalistes, alors que le nord du pays est largement contrôlé par les Houthis.

Les rebelles ont en outre multiplié les attaques l'Arabie saoudite, suscitant des condamnations de la communauté internationale.

Le porte-parole de la branche armée des Houthis, Yahia Saree, a revendiqué sur Twitter une attaque jeudi contre la ville garnison de Khamis Mushait (sud) qui abrite une importante base aérienne.

Mercredi, les rebelles ont lancé des drones contre l'aéroport international d'Abha, dans le sud du royaume saoudien, disant viser des "objectifs militaires". Ryad n'a pas fait état de victimes.

Cette escalade des attaques rebelles est intervenu en dépit de la décision des Etats-Unis de retirer les Houthis de leur liste des organisations "terroristes", pour des raisons humanitaires et en vue de permettre une reprise des pourparlers de paix.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a annoncé vendredi que les Houthis quitteraient mardi cette liste noire.

Le conflit déclenché par une vaste offensive des Houthis en 2014 a ravagé le Yémen et l'a plongé dans la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU. Il a fait des dizaines de milliers de morts, d'après des ONG internationales. Sans oublier les millions de déplacés et une population au bord de la famine.

- "Malnutrition des enfants" -

"La malnutrition aiguë menace la moitié des enfants de moins de cinq ans au Yémen en 2021", soit près de 2,3 millions d'enfants, ont prévenu vendredi l'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

"Parmi eux, 400.000 (...) pourraient mourir s'ils ne reçoivent pas un traitement urgent", ont-elles averti dans un communiqué commun, soit une hausse de 22% par rapport à 2020.

"Chaque jour qui passe sans action fera mourir plus d'enfants. Les organisations humanitaires ont besoin d'urgence de ressources prévisibles et d'un accès sans entrave aux populations", a alerté la directrice générale de l'Unicef, Henrietta Fore.

"Il existe une solution à la faim: la nourriture et la fin des violences", a rappelé le directeur exécutif du PAM, David Beasley.

L'ONU et les ONG déplorent régulièrement le sous-financement de l'aide internationale au Yémen, en particulier en pleine pandémie de Covid-19.