La coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen a annoncé samedi avoir mené des frappes aériennes contre les rebelles Houthis qui poursuivent leur offensive dans la région de Marib, dernier bastion gouvernemental du nord du pays.

Ces frappes interviennent au lendemain d'une attaque de drones contre une raffinerie de pétrole à Ryad revendiquée par les Houthis, deuxième attaque majeure depuis début mars contre des installations énergétiques de l'Arabie saoudite, premier exportateur de brut au monde.

Dans le même temps, les rebelles ont réalisé des avancées majeures aux alentours de Marib, s'emparant d'une montagne stratégique, dernier signe de l'escalade du conflit au Yémen, pays ravagé par la guerre opposant les Houthis, soutenus par l'Iran, aux forces loyalistes, appuyées par la coalition sous commandement saoudien.

L'agence de presse officielle saoudienne SPA a publié des images des frappes de la coalition, affirmant qu'elles visaient à "contrecarrer la tentative de la milice houthie d'avancer sur Marib via Kassara".

Kassara est l'une des lignes de front au nord-ouest de la ville de Marib, bastion gouvernemental situé à 120 kilomètres de la capitale Sanaa, contrôlée par les Houthis depuis 2014, comme une grande partie du nord du pays.

La coalition, qui intervient au Yémen depuis 2015, a déclaré avoir réussi à détruire des équipements militaires rebelles, notamment des chars, et à infliger de "lourdes pertes".

Les rebelles communiquent rarement sur leurs pertes, mais la chaîne de télévision Al-Massirah, sous contrôle des Houthis, a fait état de 38 frappes aériennes dans la région de Marib.

De son côté, un responsable du gouvernement yéménite a déclaré à l'AFP que la coalition avait mené au moins 20 frappes.

"Au moins 70 combattants ont été tués, dont 22 des forces gouvernementales, et des dizaines ont été blessés dans les affrontements des dernières 48 heures", a-t-il dit. Ces affrontements ont notamment abouti à la prise du Mont Hilan par les Houthis vendredi.

"Les rebelles ont lancé une attaque violente à Kassara, notamment avec des chars, et elle a été déjouée grâce au soutien aérien de la coalition", a ajouté ce responsable.

- "Ces agressions doivent cesser" -

Après plus de six ans de guerre, les rebelles ont relancé début février leur offensive pour s'emparer de Marib.

La perte de Marib serait un coup dur pour le gouvernement et Ryad, mais également une menace pour les civils, au moins un million de déplacés ayant trouvé refuge dans des camps de la région.

Malgré la dernière avancée des rebelles, des analystes estiment que la ville pourrait ne pas tomber de sitôt, compte tenu de la puissance de feu de la coalition.

En parallèle de la bataille de Marib, les rebelles ont multiplié les attaques en territoire saoudien ces dernières semaines malgré les efforts renouvelés de l'administration américaine du président Joe Biden pour relancer des pourparlers de paix au point mort.

La coalition a annoncé samedi avoir intercepté et détruit un drone transportant des explosifs au-dessus de la ville garnison de Khamis Mushait, dans le sud de l'Arabie saoudite, selon SPA.

Elle a par ailleurs indiqué que "toutes les mesures opérationnelles pour protéger les civils et les infrastructures civiles contre les attaques terroristes" avaient été prises.

"Ces agressions doivent cesser", a intimé l'Union européenne dans un communiqué, condamnant l'attaque contre la raffinerie de pétrole saoudienne.

"L'escalade en cours au Yémen et dans ses environs sape les efforts de l'envoyé spécial de l'ONU (pour le Yémen Martin Griffiths, ndlr), elle retarde la perspective d'une solution au conflit et accroît l'instabilité régionale", indique l'UE dans un comuniqué.

La Russie a également "fermement" condamné l'attaque de drone qui a provoqué un incendie dans une raffinerie saoudienne, exhortant "tous les participants au conflit à respecter strictement le droit international et à renoncer immédiatement et entièrement aux opérations militaires qui aboutissent à la destruction des infrastructures civiles".

La guerre a plongé le pays dans la pire crise humanitaire actuellement au monde, selon l'ONU. Elle a fait des dizaines de milliers de morts, d'après des ONG internationales, sans oublier les millions de déplacés et une population au bord de la famine.