Les Nations unies ont procédé lundi à la première évacuation par avion, depuis 2016, de sept enfants malades de la capitale yéménite Sanaa contrôlée par les rebelles Houthis, une "avancée majeure" selon l'ONU qui espère instaurer un véritable pont aérien médical.

Ces enfants ont embarqué avec des membres de leurs familles à bord d'un avion qui a décollé de Sanaa à destination de la capitale jordanienne Amman, selon un correspondant de l'AFP.

Le Yémen est ravagé par un conflit depuis plus de cinq ans qui a provoqué la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU. Il oppose les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran et qui se sont emparés de Sanaa en 2014, aux forces du gouvernement appuyées depuis 2015 par une coalition militaire menée par l'Arabie saoudite.

L'aéroport de Sanaa est fermé aux vols commerciaux depuis qu'en 2016, la coalition a interdit l'espace aérien du nord du Yémen.

"C'est le premier de ce que nous espérons être un certain nombre de vols du pont aérien médical", a déclaré à l'AFP par téléphone Lise Grande, coordinatrice humanitaire de l'ONU au Yémen, précisant que les patients évacués lundi "souffrent de maladies qui ne peuvent pas être traitées au Yémen".

"Nous essayons de faire venir un avion beaucoup plus grand pour qu'il puisse emmener un plus grand nombre de patients et de familles", a-t-elle ajouté.

Mme Grande a dit travailler à l'instauration "d'un pont aérien avec les parties depuis deux ans" et considérer l'évacuation des sept enfants comme "une avancée majeure" et "un signe d'espoir pour le Yémen".

Une porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a précisé à l'AFP que d'autres vols avaient été programmés pour les 4, 5 et 7 février, à destination de la Jordanie et de l'Egypte, sans préciser le nombre de patients concernés.

En janvier, l'émissaire de l'ONU au Yémen, Martin Griffiths, avait espéré que 30 patients yéménites puissent être évacués "le mois suivant" pour recevoir des "soins médicaux non disponibles au Yémen".

- "Heureux du voyage" -

L'un des enfants évacués, Abdallah Abed, souffre d'une insuffisance rénale et a besoin d'une greffe d'organe, a indiqué son père à l'AFP, avant l'embarquement.

"Nous sommes très heureux de notre voyage en Jordanie", a déclaré Abed Ali Murchid, ajoutant que "c'est le début du pont aérien que nous attendions depuis deux ans".

Selon lui, "les maladies graves sont nombreuses et les gens doivent pouvoir voyager" pour être soignés hors du Yémen.

"L'ONU doit faire fonctionner le pont aérien régulièrement, envoyer les malades à l'étranger, ouvrir l'aéroport de Sanaa et mettre fin au blocus du Yémen", a encore plaidé le père d'Abdallah.

En novembre, la coalition avait annoncé que les patients ayant besoin de soins médicaux à l'étranger seraient autorisés à quitter la capitale via l'aéroport de Sanaa.

- "Trop tard" -

Mais dimanche, les Houthis ont critiqué le plan d'évacuation médicale de l'ONU, le jugeant loin d'être à la hauteur des promesses faites selon eux par la coalition.

"L'OMS a indiqué qu'elle n'évacuerait que sept patients avec leurs accompagnants sur un petit avion de l'ONU en une seule fois", a regretté le "ministère de la Santé" des Houthis.

Le nombre de personnes inscrites pour les évacuations médicales est d'environ 32.000 patients souffrant de maladies graves, selon lui.

Les rebelles n'ont cessé de demander la réouverture de l'aéroport de Sanaa, mais la coalition le refuse, disant craindre un acheminement d'armes aux insurgés.

En 2018, les Houthis ont réussi à faire évacuer vers Mascate une poignée de leur blessés à bord d'un avion koweïtien autorisé à atterrir à Sanaa pour transporter des membres d'une délégation en Suède, dans le cadre de négociations avec le gouvernement sous l'égide de l'ONU.

Le Norwegian Refugee Council a regretté que l'évacuation médicale de lundi survienne "trop tard pour des milliers de Yéménites qui sont morts alors qu'ils attendaient de quitter le pays pour recevoir des soins vitaux".

"Nous espérons que ces vols médicaux permettront de sauver la vie d'autres Yéménites", a déclaré l'ONG dans un communiqué.

Selon diverses organisations humanitaires, la guerre au Yémen a fait des dizaines de milliers de morts, essentiellement des civils.

Environ 3,3 millions de personnes sont toujours déplacées et 24,1 millions, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d'assistance, selon l'ONU.