Liberté d'expression et des médias en péril en Slovénie

Belga

La Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatovic, a publié vendredi un mémorandum pointant une détérioration inquiétante de la liberté d'expression et de la liberté des médias en Slovénie.

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Hasard du calendrier, ce petit et plutôt jeune (adhésion en 2004) État de l'UE a lancé ce vendredi également le site web dédié à sa toute proche présidence de l'Union. Ljubljana occupera en effet de juillet à décembre la présidence tournante du Conseil de l'UE, pour la deuxième fois de son histoire. Sous le slogan "Ensemble. Résiliente. Europe.", la Slovénie présente sur son site internet ses priorités pour ces 6 mois de présidence, parmi lesquelles le "renforcement de l'État de droit et des valeurs européennes". Des inquiétudes se sont pourtant exprimées à travers l'UE ces dernières semaines, notamment à la suite d'accusations agressives de la part du Premier ministre Janez Jansa envers une journaliste européenne qui avait traité des atteintes à la liberté de la presse en Slovénie. Reprenant volontiers un langage "à la Donald Trump" sur Twitter, le Premier ministre est de plus en plus contesté, avec fin mai des dizaines de milliers de personnes descendues dans les rues pour réclamer sa démission et dénoncer une dérive autoritaire. Dans son mémorandum, la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe s'inquiète des récentes tentatives répétées de Janez Jansa et d'autres membres du gouvernement de discréditer dans l'opinion publique l'entreprise publique de radio-télévision RTV et l'agence de presse nationale STA. La situation de cette dernière étant particulièrement inquiétante, car le gouvernement lui a coupé les fonds pour la seconde fois, depuis plusieurs mois. Les tentatives d'intimidation et les campagnes de dénigrement ne se limitent pas aux médias tentant de faire un travail indépendant. Les voix discordantes de la société civile sont aussi visées, et la commissaire observe globalement une polarisation du débat public, qui ne laisse que peu de place à la nuance et au respect. "Les membres du gouvernement doivent s'abstenir de faire des commentaires stigmatisants et trompeurs sur les activités de la société civile et devraient condamner publiquement les propos de ce genre tenus par d'autres", affirme la commissaire. Victimes toutes désignées: les migrants, les musulmans, les Roms, les juifs et les personnes LGBTQI+, ainsi que les femmes. "Le discours de haine sexiste est un problème de longue date" en Slovénie, peut-on lire dans le document. Les femmes journalistes en souffrent, cibles d'un discours misogyne et agressif qui est relayé par certains politiciens et personnalités en vue, selon la Bosnienne. "Il importe que le gouvernement entretienne des relations apaisées avec les journalistes, de manière à donner l'exemple et à réduire le niveau d'animosité envers la presse dans le pays", indique-t-elle. Dunja Mijatovic pointe également des mesures désormais disproportionnées de lutte contre la propagation du coronavirus, comme l'interdiction totale de se rassembler et de manifester. (Belga)

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