Assises Bruxelles - Kewal Singh est déclaré coupable d'un crime d'honneur

Belga

Le jury de la cour d'assises de Bruxelles a déclaré, mercredi vers 01h30, l'accusé Kewal Singh coupable de l'assassinat de son épouse, disparue en août 2012 et dont le corps n'a jamais été retrouvé. Le jury a établi que Kewal Singh a tué sa femme, Jugvinder Kaur, parce que la procédure de divorce que celle-ci avait entamée aurait été une atteinte à son honneur et à sa famille.Le jury a suivi en tout point le réquisitoire de l'avocat général Denis Goeman et a établi que Kewal Singh était le commanditaire de l'assassinat de son épouse, après avoir écarté la thèse d'une fuite à l'étranger et celle d'un suicide, avancées par la défense. "La seule hypothèse crédible est celle de l'homicide volontaire", précise la cour dans son arrêt. Les jurés sont tout d'abord parvenu à la conclusion que Jugvinder Kaur ne pouvait qu'être décédée. Ils ont écarté la thèse du suicide en relevant notamment que plusieurs témoins ont affirmé qu'elle était de plus en plus sure d'elle après avoir quitté son mari et qu'elle s'épanouissait dans sa nouvelle vie. Ils ont également écarté la thèse d'un départ volontaire de la jeune femme, épinglant qu'il n'y avait plus eu aucun retrait bancaire de sa part après le 26 août 2012, et qu'elle n'avait plus jamais été en contact avec sa famille et ses proches alors qu'elle les appelait régulièrement. Ensuite, les jurés ont considéré que la seule hypothèse crédible était que Jugvinder Kaur a été victime d'un homicide volontaire dont le commanditaire est son mari, Kewal Singh. "C'est l'une des dernières personnes à l'avoir vue vivante et il savait qu'un mois plus tard ils devaient tous deux à nouveau comparaître devant le juge de paix. Il redoutait que la garde de leur fils lui échappe et ne pouvait plus ignorer que la procédure de divorce allait être enclenchée avec pour conséquence le partage de ses biens", affirme la cour dans son arrêt. "Pour lui, il s'agissait d'une atteinte à son honneur et à sa famille". Pour asseoir leur conviction, les jurés ont évoqué le comportement de Kewal Singh après le signalement de la disparition de son épouse. Ils ont notamment retenu qu'il avait menti aux enquêteurs en déclarant qu'il ne connaissait pas le numéro de téléphone de Jugvinder, alors qu'il l'avait appelée quatorze fois avant le 26 août 2012 et plus jamais ensuite. Ils ont aussi retenu que Kewal Singh avait déclaré à plusieurs personnes que sa femme avait pris la fuite avec son amant en Inde, ce qui ne ressortait d'aucun élément du dossier. Enfin, les jurés ont considéré que Kewal Singh, dont il ressort de l'enquête qu'il avait un ascendant certain sur les personnes qui travaillaient pour lui, avait envoyé deux hommes de main dans la région de Ghislenghien pour faire disparaître le corps. Le jury a par contre acquitté l'accusé défaillant, Parminder Singh Kakania. Cet ex-employé de Kewal Singh était poursuivi pour complicité dans le crime. Il a estimé qu'il ressort uniquement du dossier que Parminder Singh Kakania a avoué être allé déposer le GSM de la victime à Paris, à la demande de son patron. Or, selon eux, il ne s'agit pas là d'un acte de participation au crime. Le 4 septembre 2012, Jugvinder Kaur a été signalée disparue par l'une de ses amies. Six mois plus tôt, elle avait quitté son mari, Kewal Singh, en fuyant le domicile conjugal à Schaerbeek, avec leur fils âgé d'un an. Elle s'était ensuite installée seule dans un appartement à Evere et avait débuté une vie hors des traditions de la religion sikhe auxquelles elle s'était pliée jusqu'alors. Les mois suivants, elle avait déposé plusieurs plaintes contre son mari et l'entourage de celui-ci pour menaces, harcèlement et tentatives d'intimidation. Jugvinder Kaur avait donné signe de vie pour la dernière fois le 26 août 2012. L'enquête n'a jamais permis de retrouver son cadavre. Kewal Singh avait déclaré qu'il s'était rendu chez elle ce jour-là vers 10h00 pour aller chercher leur fils, mais qu'il n'y avait personne lorsqu'il était venu le reconduire le soir. Parminder Singh Kakania, qui travaillait pour lui dans ses magasins de nuit et ses magasins de téléphonie, avait donné une autre version. Selon lui, le matin du 26 août, Jugvinder était revenue en voiture avec Kewal Singh jusqu'à chez lui, place Liedts à Schaerbeek. Il avait ajouté que ce même jour Kewal Singh lui avait ordonné de prendre le Thalys à la gare de Bruxelles-Midi jusqu'à Paris pour aller abandonner le GSM de son épouse là-bas, ce qu'il a fait. Parminder Singh Kakania avait aussi affirmé qu'un autre employé de Kewal Singh et le frère de ce dernier étaient impliqués dans la disparition de Jugvinder Kaur. Il avait raconté que ces deux hommes avaient fait "du repérage" non loin de Ath. La téléphonie et l'analyse des portiques de comptage de l'autoroute vers Ath ont pu confirmer que les deux hommes s'étaient bien rendus dans cette région, le jour de la disparition de Jugvinder Kaur. Parminder Singh Kakania, inculpé lui aussi pour le meurtre de Jugvinder, avait été remis en liberté fin 2013, tout comme Kewal Singh. Il est introuvable depuis. "Il n'a plus donné le moindre signe de vie et personne ne semble plus l'avoir revu", précise l'arrêt de la cour. Le débat sur la peine se tiendra vendredi à 09h00. (Belga)

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