Greenpeace pas d'humeur à sabler le champagne pour son 50e anniversaire

Belga

Un demi-siècle après la création de Greenpeace, le 15 septembre 1971, la cheffe de l'ONG, Jennifer Morgan, n'est pas d'humeur à sabler le champagne: la crise climatique mobilise plus que jamais ses troupes, à l'approche de la COP26 à Glasgow en octobre.

Greenpeace pas d'humeur à sabler le champagne pour son 50e anniversaire

"Il n'y a pas grand-chose à célébrer en ce moment. Nous sommes dans une situation d'urgence climatique", martèle la directrice exécutive de Greenpeace International dans une interview accordée à l'AFP au siège de l'organisation, dans un modeste immeuble de bureaux de la banlieue d'Amsterdam. "Tout ce que nous avons fait au cours de ces 50 années, nous devons le déployer pour créer un changement absolument radical et profond. Le temps presse", insiste Jennifer Morgan, "profondément inquiète" que la réponse des gouvernants soit insuffisante lors de ce sommet crucial à Glasgow. La situation a empiré depuis ce fameux 15 septembre 1971 où un bateau du nom de Greenpeace, parti du port canadien de Vancouver, a tenté d'arrêter un essai nucléaire américain au large des côtes de l'Alaska. Dans ses locaux remplis de souvenirs de l'histoire de Greenpeace, notamment des affiches de campagne colorées, Jennifer Morgan affirme que l'idéalisme qui a présidé à la fondation de Greenpeace 50 ans plus tôt est plus que jamais nécessaire. "Greenpeace a commencé avec l'idée que les individus pouvaient changer le monde avec une idée et un peu d'espoir... Je pense qu'en 50 ans, Greenpeace a réalisé des choses vraiment miraculeuses", insiste Jennifer Morgan, qui a pris la tête du groupe en 2016. Arrêt de la chasse commerciale à la baleine, lutte contre les déversements toxiques, protection de l'Antarctique... les terrains de lutte de l'ONG sont nombreux. L'organisation reste profondément marquée par le drame du Rainbow Warrior. En 1985, les services secrets français avaient fait couler le navire phare de Greenpeace, le Rainbow Warrior, amarré à Auckland, en Nouvelle-Zélande, sans savoir que se trouvait à bord le photographe portugais Fernando Pereira, tué dans l'explosion. Les militants de Greenpeace, restés "sous le choc de ce que les gouvernements sont prêts à faire", "marquent cette date chaque année" depuis, rappelle Jennifer Morgan. Le groupe, adepte des opérations médiatiques, a toujours de puissants ennemis et Greenpeace est aujourd'hui "très prudent", ses militants dans des pays comme le Brésil, l'Indonésie ou la Chine étant particulièrement exposés, dans un monde où sont régulièrement tués des militants écologistes. Rendu célèbre par ses actions coup de poing contre baleiniers et plates-formes pétrolières, Greenpeace a adopté depuis d'autres stratégies, notamment des actions en justice contre les gouvernements et les pollueurs. "Vous verrez Greenpeace intensifier ses affaires judiciaires dans le monde", met en garde Jennifer Morgan. Pour elle, Greenpeace n'est pas une vieille dame rangée, elle est toujours "radicale", malgré l'émergence d'une nouvelle génération de groupes militants tels que Extinction Rebellion, qui forment la relève. Contrairement à ses débuts en franc-tireur, Greenpeace coopère aujourd'hui de plus en plus avec d'autres groupes environnementaux, insiste la responsable, évoquant le front commun des ONG pour mettre la pression sur les dirigeants du monde, à l'occasion de la COP26, un "moment fondamental pour la planète". "Je suis profondément inquiète, ce que je vois en ce moment, ce sont des gouvernements qui agissent presque comme si nous étions de retour dans les années 1980", critique Jennifer Morgan. Greenpeace fait partie des organisations ayant demandé que le sommet soit reporté, si les représentants des pays en développement n'étaient pas en mesure d'y assister faute d'avoir pu se faire vacciner à temps. Objection rejetée par les Nations Unies. Pour son cinquantième anniversaire, Greenpeace a prévu jeudi de fêter son demi-siècle de façon discrète, dans ses bureaux du monde entier, préférant rester concentrée sur la COP26. La chancelière allemande Angela Merkel a salué en août l'action de Greenpeace depuis 50 ans comme "persistante, combative, inébranlable et persuasive". Quel avenir pour Greenpeace dans les cinquante prochaines années ? "Je suppose que le but serait que Greenpeace n'existe plus !", si les problèmes environnementaux dénoncés par l'ONG étaient enfin réglés, plaisante Jennifer Morgan. (Belga)

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