L'UE veut verdir ses importations pour contrer la déforestation

Belga

Bruxelles a proposé mercredi d'interdire dans l'UE l'importation de certains produits - soja, boeuf, huile de palme...- lorsqu'ils contribuent à la déforestation, un projet que les ONG souhaitent voir élargi à tous les impacts environnementaux de la consommation européenne.

L'UE veut verdir ses importations pour contrer la déforestation

Les nouvelles règles s'appliqueraient également au bois, au cacao et au café, ainsi qu'à certains produits dérivés comme le cuir et l'ameublement, selon le projet de législation dévoilé par la Commission européenne, qui devra encore être débattu par les Etats membres et eurodéputés. Les entreprises importatrices seraient tenues de collecter les données précises du lieu de production, afin de s'assurer que les matières premières commercialisées en Europe ne sont pas issues de terres déboisées après décembre 2020, et n'enfreignent pas les règles du pays producteur. Selon l'ONG WWF, les importations de l'UE sont à l'origine d'environ 16% de la déforestation associée au commerce international. Cette nouvelle réglementation "aura des résultats concrets cruciaux pour s'attaquer à la perte de biodiversité, comme au réchauffement climatique", puisque la déforestation représente 11% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, a estimé le commissaire à l'Environnement, Virginijus Sinkevicius. Selon Bruxelles, le projet entraînerait une réduction d'au moins 31,9 millions de tonnes d'émissions carbone dans l'atmosphère chaque année. La Commission prévoit de classer les régions du monde selon le risque de déforestation: la vérification exigée des entreprises serait simplifiée pour les zones à faible risque, mais drastiquement renforcée pour celles qui souffrent d'une déforestation intensive. Les déclarations des importateurs intégreraient une base de données à laquelle auraient accès les Etats membres pour leur permettre de vérifier le respect des règles. Celles-ci "garantiront que les matières premières importées comme celles produites dans l'UE soient soumises aux mêmes exigences". Si les ONG environnementales saluent cette avancée, elles regrettent des "lacunes flagrantes". Greenpeace pointe l'absence de certains produits (maïs, caoutchouc, viandes de porc et volailles) du dispositif, et la non-prise en compte d'autres écosystèmes que les forêts (zones humides, pampas, savanes...). "Nous avons ciblé scientifiquement les produits pour lesquels les Européens contribuent le plus à la déforestation", a justifié M. Sinkevicius. Le groupe des écologistes du Parlement européen, les Verts/ALE, a réagi mercredi en estimant que l'initiative est un pas bienvenu mais insuffisant dans la bonne direction. "La Commission a choisi la voie qui lui était proposée par le Parlement européen: une législation contraignante reposant sur le devoir de vigilance, qui impose aux acteurs économiques souhaitant placer des produits sur le marché européen de veiller à ce que ces derniers ne causent pas de déforestation dans le monde. C'est un choix responsable que nous saluons", commente l'eurodéputée française Marie Toussaint. Mais différents points sont à améliorer pour un effet réel de cette future législation, ajoute-t-elle: le devoir de vigilance devrait concerner tous les pays (pas seulement ceux "à risque"), d'autres écosystèmes que les forêts, et surtout une liste de produits bien plus élargie, intégrant le caoutchouc. "Enfin, il est urgent que tous ceux qui contribuent à soutenir financièrement la destruction des forêts - y compris les banques et les investisseurs en Europe - soient soumis à un devoir de vigilance". Tout comme le WWF, les Verts plaident pour inclure également dans le devoir de vigilance les questions de droits humains et de protection des peuples autochtones. Cette proposition intervient alors que plusieurs Etats membres s'opposent à la ratification de l'accord commercial entre l'UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), le jugeant incompatible avec l'agenda climatique européen notamment en raison de la déforestation massive en Amazonie. Parallèlement à sa proposition visant à lutter contre la déforestation, la Commission a présenté mercredi une initiative sur les déchets et une autre sur les sols. L'exécutif propose concrètement de modifier les règles sur les transferts de déchets, entre pays européens et vers des pays tiers, pour entre autres mieux lutter contre la criminalité dans ce secteur et s'assurer que les déchets sont bien traités correctement (durablement, donc) une fois à destination. La Commission parle notamment d'obliger les entreprises européennes exportatrices de déchets à réaliser des audits indépendants du traitement de ces déchets à destination. En 2020, l'UE a exporté quelque 33 millions de tonnes de déchets vers des pays tiers et en a importé environ 16 millions de tonnes, note la Commission. Concernant les sols, la Commission avance une "stratégie" reprenant différentes initiatives à venir. La question des sols est étroitement liée aux objectifs du Pacte vert, car l'exploitation des tourbières, par exemple, va de pair avec une augmentation des émissions de carbone et une diminution de son stockage. La capacité d'absorption de l'eau des sols est également un élément crucial pour faire face aux risques d'inondation qui accompagnent le réchauffement. (Belga)

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