L'avenir du droit à l'avortement aux États-Unis se joue mercredi devant la Cour suprême qui, près de 50 ans après avoir légalisé les interruptions volontaires de grossesse (IVG) dans tout le pays, pourrait être tentée d'enclencher la marche arrière. La haute juridiction, profondément remaniée par Donald Trump, examinera une loi de Louisiane susceptible d'entraîner la fermeture de deux des trois cliniques pratiquant des avortements dans cet État conservateur du sud du pays. Attendu en juin, à quelques mois de la présidentielle, l'arrêt ne manquera pas de relancer les débats entre candidats sur ce sujet qui divise profondément les Américains. Le gouvernement de Donald Trump, qui compte sur les électeurs évangéliques pour remporter un second mandat, soutient la Louisiane. Allant plus loin, plus de 200 élus républicains du Congrès (et deux démocrates) ont demandé à la Cour d'envisager de revenir à la situation d'avant 1973, quand chacun des 50 États était libre d'interdire les IVG. À l'inverse, les défenseurs du droit des femmes à disposer de leur corps espèrent, avec une confiance toute relative, que la Cour mettra un terme à l'offensive anti-avortement en cours dans de nombreux États religieux du sud et du centre du pays. "On assiste à des attaques sans précédent contre les droits des femmes", souligne Travis Tu, avocat du Center for Reproductive Rights, qui défend les plaignants. "Il est essentiel que la Cour suprême intervienne et rappelle que les femmes ont un droit constitutionnel à choisir d'avorter". L'audience portera sur une loi adoptée en 2014 par la Louisiane pour obliger les médecins pratiquant des avortements à obtenir une autorisation d'exercer dans un hôpital situé à moins de 50 kilomètres du lieu de l'intervention. Pour M. Tu, il s'agit d'un prétexte pour fermer les cliniques et seul un centre de soins et un médecin pourraient continuer à pratiquer des avortements pour l'ensemble de cet État, où environ 10.000 IVG ont lieu chaque année. La Louisiane invoque la nécessité, en cas de complication, de pouvoir transférer les patientes dans des hôpitaux voisins. Elle soutient que la loi permettra aussi "d'évaluer la compétence" des médecins. (Belga)