Alors que des manifestations massives envahissaient Bahreïn en 2011, dix ans plus tard, force est de constater que les injustices et répressions politiques se sont intensifiées, dénonce jeudi Amnesty international. L'organisation de défense des droits humains déplore que "tout espace permettant de militer ou d'exercer son droit à la liberté d'expression pacifiquement" ait été étouffé."L'État bahreïnite a brisé les espoirs suscités par la vague de contestations qui a déferlé il y a 10 ans et a réagi en mettant en œuvre une brutale répression au fil de cette décennie", pointe Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone de l'ONG. Une répression exercée notamment avec des armes belges, dénonce-t-il, alors que la Région wallonne a livré du matériel militaire à ce pays du Moyen-Orient entre 2011 et 2017. L'Arabie saoudite, bénéficiaire en 2011 de 26 licences d'exportation d'armes wallonnes, selon M. Hensmans, aurait aussi participé à la répression des manifestations. Une résolution du Sénat votée l'an dernier demande toutefois aux gouvernements régionaux de ne plus octroyer "aucune licence d'exportation vers Bahreïn de biens stratégiques qui pourraient être utilisés à des fins de violation des droits" humains. Il y a dix ans, une vague de manifestations populaires dénonçait l'autoritarisme de l'État, le sectarisme de l'administration et le "refus de mettre en œuvre l'obligation de rendre des comptes pour la torture et la détention arbitraire", rappelle Amnesty international. Ces rassemblements de dizaines de milliers de citoyens ont été violemment réprimés. Selon un rapport de la Commission d'enquête indépendante de Bahreïn, au moins 19 personnes ont été tuées entre février et avril 2011, "dont huit à cause d'un recours excessif à la force par les organes de sécurité et cinq en raison de la torture", pointe l'ONG. Aucune des recommandations formulées dans ce rapport n'a été appliquée. Le rond-point de la Perle, où s'étaient rassemblés les manifestants, a été rasé et recouvert de bitume "une fois le soulèvement maté en mars 2011". Depuis, "les partis de l'opposition ont été interdits, le seul média indépendant a été fermé et de nouvelles lois ont encore rétréci l'espace dédié à la participation politique", déplore Lynn Maalouf, directrice régionale adjointe pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International. Les meneurs des manifestations sont emprisonnés "dans des conditions déplorables et les droits fondamentaux, notamment la liberté d'expression, sont couramment piétinés", ajoute-t-elle. Amnesty International demande à l'État de Bahreïn d'appliquer entièrement les recommandations de la commission d'enquête indépendante et exige aussi la libération immédiate des personnes emprisonnées "uniquement pour avoir exercé sans violence leurs droits humains". (Belga)