Des dizaines de milliers d'étudiants et d'enseignants sont descendus dans la rue jeudi dans plus de 80 villes brésiliennes pour une nouvelle journée de mobilisation contre des coupes budgétaires dans l'éducation annoncées par le gouvernement. Plusieurs milliers de personnes ont commencé à se rassembler dans l'après-midi à Sao Paulo et Rio de Janeiro, les deux plus grandes villes du pays. "Manifester est notre seule façon de montrer que nous ne sommes pas d'accord avec le gouvernement. On ne peut pas faire comme ci tout allait bien", a déclaré Isadora Duarte, 24 ans, étudiante en pharmacie, qui manifestait à Rio de Janeiro. À Sao Paulo, les manifestants ont déployé une immense banderole bleue d'une centaine de mètres avec pour message "Le Brésil pour l'éducation". "Je suis ici parce que toutes les personnes d'origine pauvre méritent une éducation de qualité", a déclaré à l'AFP Kaio Duarte, qui étudie pour devenir assistant social, en manifestant à Brasilia, où près de 2.000 personnes se sont réunies dans la matinée près de l'emblématique esplanade des ministères. "Je suis inquiet pour les prochaines générations, qui pourraient ne pas bénéficier de la même éducation que moi", a-t-il ajouté. À Brasilia, de brefs heurts ont éclaté entre manifestants et policiers, qui ont utilisé des sprays au gaz de poivre pour les disperser. D'après le site internet d'informations G1, des manifestations avaient lieu dans plus de 80 villes dans 21 des 26 Etats du Brésil en fin d'après-midi. La mobilisation de jeudi était d'une grande ampleur, mais semblait moins importante, en fin d'après-midi, que celle du 15 mai, quand un million et demi de personnes s'étaient rassemblées dans plus de 200 villes de tous les Etats brésiliens. - Gels de fonds - Le président d'extrême droite Jair Bolsonaro avait qualifié les étudiants d'"idiots utiles manipulés par une minorité experte qui compose le coeur des universités fédérales au Brésil". Des propos qu'il a semblé regretter ensuite, préférant évoquer des "innocents utiles". Dimanche, plusieurs dizaines de milliers de partisans de Jair Bolsonaro ont manifesté dans tout le Brésil pour apporter leur soutien au chef de l'Etat et réclamer du Parlement qu'il accélère l'approbation des réformes du gouvernement. La mobilisation des étudiants est due à l'annonce du gel de 5,1 milliards de réais (environ 1,16 milliard d'euros) dans le budget de l'éducation. Cela affecte notamment les universités fédérales, qui pourraient disposer de 30% de fonds en moins pour leurs dépenses de fonctionnement. Une semaine après les manifestations de masse du 15 mai, le gouvernement a annoncé que des fonds de la réserve budgétaire seraient utilisés pour combler une partie du gel annoncé au préalable. Mais la mobilisation des étudiants continue, face à un gouvernement qui a pris une série de décisions controversées en matière d'éducation, avec notamment une intention affichée d'"expurger le marxisme culturel" de l'enseignement. Le ministre de l'Education, Ricardo Velez, a été limogé début avril, après une série de couacs et de décisions polémiques suivies de rétropédalages. Il a été remplacé par un économiste, Abraham Weintraub, qui semble vouloir poursuivre la croisade idéologique. Peu après avoir pris ses fonctions, M. Weintraub a annoncé des coupes budgétaires dans trois universités accusées de "semer le désordre", leurs campus ayant accueilli des "manifestations contre le fascisme" ou des débats avec des élus de gauche. Il a finalement précisé que la mesure s'appliquait à toutes les universités fédérales. (Belga)