Le président du Conseil européen Charles Michel a reçu cette semaine à Bruxelles pas moins de 18 dirigeants de gouvernement européens, dans sa quête d'une position commune des Vingt-sept sur le prochain budget à long terme de l'UE.La recherche d'un consensus est toujours très ardue, aux dires de certains de ses interlocuteurs. Mais "nous ne sommes pas pressés", a affirmé le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays est parmi les moins enclins à délier davantage les cordons de la bourse pour le projet européen. Une échéance se rapproche: les chefs d'État et de gouvernement de l'UE ont été invités par l'ancien Premier ministre belge le 20 février prochain à Bruxelles pour un sommet extraordinaire. Le Conseil est la dernière des trois grandes institutions de l'UE à être toujours dépourvue d'une position de négociation sur le "cadre financier pluriannuel" (CFP), alors que la Commission et le Parlement sont prêts depuis 2018 pour l'indispensable trilogue. Plus le temps passe, plus croît le risque de reporter l'entrée en vigueur d'importants programmes européens. L'enjeu - un bon millier de milliard d'euros - est de taille et les intérêts nationaux des États membres divergent parfois considérablement. La Commission a proposé de réduire les budgets de politiques traditionnelles de l'UE comme les fonds de cohésion et la Politique agricole commune pour accentuer des politiques nouvelles comme la migration et le contrôle des frontières, la transition numérique, la recherche et l'innovation ou encore Erasmus. Mais pas plus que M. Rutte, le Premier ministre suédois Stefan Löfven ne semble pressé. "Mieux vaut avancer lentement vers un bon résultat que rapidement vers un mauvais", a-t-il déclaré après avoir vu le Belge. MM Rutte et Löfven appartiennent, avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et la chancelière allemande Angela Merkel, à ce club de pays qui refusent que l'Union dépense plus d'un pour-cent du revenu national brut (RNB) du bloc à 27. La Commission, elle, a proposé 1,11% et le Parlement 1,3%. Impensable pour l'Allemagne qui, notamment en raison du Brexit, pourrait voir sa contribution augmenter de 12 milliards d'euros par an pour atteindre les 40 milliards. Les rabais, que d'aucuns voudraient supprimer maintenant que les Britanniques sont sortis, font aussi l'objet d'âpres débats. A l'autre bout de la table figure le club des "Amis de la cohésion", une alliance de seize pays méridionaux et de l'est de l'Europe qui reçoivent plus d'argent de l'UE qu'ils n'en injectent - encore que cette manière de voir les choses soit contestée par la Commission. Parmi eux, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a insisté, après avoir vu M. Michel, sur la nécessité pour le budget européen d'accentuer la création d'emploi chez les jeunes, de soutenir les régions les moins développées et la politique agricole commune. Il est soutenu par le chef du gouvernement portugais Antonio Costa, qui se pose en figure de proue de l'alliance. Charles Michel doit encore rencontrer Mme Merkel et le président français Emmanuel Macron, dont les pays assurent plus de 40% des contributions nationales et ont donc un rôle-clé dans les pourparlers. Selon certaines sources, la chancelière allemande prendrait quelque distance avec les quatre pays les plus pingres et serait prête à délier un peu plus les cordons de la bourse pour parvenir à un accord. M. Macron plaide pour un accord ambitieux mais il n'a pas encore laissé entrevoir ce que la France serait prête à débourser. Paris insiste sur la nécessité de nouvelles ressources budgétaires pour l'Europe, par exemple via une taxe sur le plastique. Soucieux de préserver un bon contact avec une assemblée qui devra, tout comme le Conseil, approuver le CFP, Charles Michel s'est rendu ce vendredi au Parlement européen pour y rencontrer les négociateurs politiques de l'institution. Leur groupe est emmené par une vieille connaissance du libéral francophone: l'eurodéputé N-VA Johan Van Overtveldt, ex-ministre des Finances de M. Michel. "J'apprécie beaucoup l'ouverture du président Michel avec qui nous avons eu un dialogue très constructif sur les priorités du Parlement aujourd'hui", a commenté M. Van Overtveldt. "Quelques jours après le Brexit, l'UE doit donner un signal fort à ses citoyens. Nos ambitions communes, le Pacte vert européen, la transformation numérique et une Europe géopolitique plus forte, resteront une coquille vide si nous ne les assortissons pas d'un financement fiable et adéquat", a-t-il commenté. (Belga)