L'annonce du report de la phase suivante de déconfinement, par le Conseil National de Sécurité, touche les salles de concerts. Le nombre de personnes admises à l'intérieur ne passera pas de 200 à 400. Mais les salles se posent d'autres questions. Coup de sonde auprès des scènes du Botanique et de l'Ancienne Belgique à Bruxelles, et du KulturA à Liège.Les chiffres de 200 ou 400 personnes sont relatifs, nuancent les représentants des salles de concerts. Pour respecter les distances de sécurité, il faut prévoir trois à quatre mètres carrés par personne, ce qui réduit la capacité des salles du Botanique par 12, analyse le directeur Paul-Henri Wauters. L'exploitation en de facto est quasi impossible. Au KulturA aussi, l'exploitation avec les distances de sécurité n'est ni réaliste, ni rentable, déplore le directeur Jean-François Jaspers, et il n'est pas possible d'organiser des événements à l'extérieur. L'Ancienne Belgique (AB) fait le pari d'organiser des concerts pour 200 personnes, "en mode théâtre", avec des places assises, comme annoncé fin juin. "Mais nous sommes déjà en train d'annuler et de reporter des concerts prévus en automne", ajoute le porte-parole Jens Van den Wyngaert. Les 200 personnes sont un maximum, accueillir plus de monde ne serait pas possible en respectant les distances. Pour les mois d'automne, de nombreux concerts sont prévus, mais l'incertitude plane. Au KulturA deux événements sont prévus et maintenus en septembre. Ils sont cependant organisés par des parties extérieures, précise M. Jaspers, qui ont été prévenues des circonstances. Au Botanique, le festival des Nuits Bota, ayant lieu en avril-mai, a été déplacé à octobre. Un chapiteau est habituellement prévu à l'extérieur. "Dans le respect des distances, il serait possible d'accueillir 1.500 personnes, en mettant en place un système de gradinage", explique M. Wauters, en s'attendant à un élargissement du nombre de personnes pouvant se trouver à un événement extérieur. "Pour un concert, en temps habituel, il y a deux à trois personnes par mètre carré. Comme dans les avions, aujourd'hui", compare-t-il. Le directeur du Botanique préconise aussi qu'un protocole pour les concerts devrait être établi, comme obliger le lavage des mains, le port du masque, faire des prises de température à l'entrée ou des vérifications par application, et garder toutes les informations pour le traçage, tout en exploitant les salles à moitié. Il demande aussi un calendrier clair des autorités pour la réouverture, comme dans d'autres pays. "Nous sommes 40 jours avant le début de la saison, et nous n'avons aucune indication. Or, un concert ne s'organise pas en une semaine, il faut deux - trois mois de préparation." Les finances des salles sont aussi impactées. Paul-Henri Wauters remarque que les ventes de billets pour l'automne, dans l'incertitude générale, ne se font qu'à un quart voire un cinquième du chiffre habituel, même si le public reste "compréhensif et fidèle". KulturA a dû recourit à une cagnotte, pour pouvoir survivre jusqu'à l'arrivée des subsides publics. "C'était absolument nécessaire, nos seules ressources sont les ventes de billets et le restaurant de la salle. Du jour au lendemain, tout s'est arrêté", explique Jean-François Jaspers, qui se réjouit que la cagnotte ait aussi rendu la salle plus proche de son public. Au-delà des salles, les artistes et musiciens sont aussi impactés. Faute de pouvoir organiser des concerts, l'AB et le Botanique ont organisé des retransmissions en direct de prestations musicales. Mais ce système n'est pas rentable, remarquent les représentants. "On a mis en place un système de dons pour les artistes qui se produisaient, mais en moyenne cela a pu réunir le prix de trois à cinq billets d'entrée", note M. Wauters. Jens Van den Wyngaert estime aussi que les retransmissions, livestreams et autres résidences ne peuvent pas remplacer les concerts. "Un concert, c'est une grande communion, c'est du contact humain." (Belga)