Le principal accusé dans une affaire de pots-de-vin qui a plongé le Mozambique dans une grave crise financière a été acquitté lundi à New York, après avoir mis en cause l'actuel président mozambicain à l'audience.Le verdict rendu par le jury d'un tribunal fédéral de Brooklyn est un camouflet pour les autorités américaines. A l'origine d'un procès fleuve de six semaines, elles avaient choisi de poursuivre des faits commis hors des Etats-Unis par un accusé qui n'était pas citoyen américain. Employé par le groupe de construction navale Privinvest, Jean Boustani avait reconnu avoir versé des dizaines de millions de dollars de pots-de-vin à des officiels mozambicains pour l'obtention, en 2013 et 2014, de trois contrats d'équipements majeurs. Lors du procès, le commercial libanais avait notamment affirmé avoir versé un million de dollars à l'actuel président du Mozambique, Filipe Nyusi, sous forme de contribution à sa campagne électorale, en 2014. Elu président en 2014 puis réélu le mois dernier, M. Nyusi était ministre de la Défense à l'époque des faits. Le parti au pouvoir, le Frelimo, a démenti l'implication du chef de l'Etat dans l'attribution frauduleuse de ces contrats, qui portaient sur la livraison de navires de pêche et de patrouilleurs militaires. M. Boustani n'était pas poursuivi pour les pots-de-vin, mais pour association de malfaiteurs, notamment en vue de blanchir de l'argent et de gruger des investisseurs américains. C'est par ce biais que la justice américaine, qui n'était pas compétente sur les faits de corruption, avait ouvert une procédure pénale. Pour financer les trois contrats, le Mozambique avait contracté des prêts à hauteur de quelque deux milliards de dollars auprès de deux banques, Crédit Suisse et la Russe VTB. Ces prêts ont été tenus secrets par le gouvernement mozambicain, jusqu'à leur révélation en 2016, qui a valu au pays le retrait du soutien du Fonds monétaire international (FMI). Privé de financement international, le pays a fait défaut sur sa dette et sa monnaie, le metical, s'est effondrée. L'accusation reprochait à Jean Boustani et à trois co-accusés, anciens banquiers, d'avoir contribué à revendre une partie des prêts à des investisseurs américains, ce qui constituait le lien avec la justice américaine. Les trois co-accusés avaient plaidé coupable avant le procès. "Nous sommes satisfaits et soulagés", a déclaré le principal avocat de Jean Boustani, Michael Schachter, à l'issue du verdict. (Belga)