Les concertations nationales sur la transition au Mali ouvertes samedi à Bamako se tenaient sans l'ex-rébellion à dominante touareg, faute d'entente avec la junte, à l'initiative de ce conclave sur les modalités d'une restauration du pouvoir civil. Un groupe de colonels a renversé le 18 août le président Ibrahim Boubacar Keïta, au pouvoir depuis sept ans et affaibli par des mois de contestation face à la grave crise sécuritaire, économique et institutionnelle traversée par le pays, mais aussi la corruption reprochée à toute la classe politique. La consultation nationale s'est ouverte samedi matin au Centre international de conférences de Bamako, en l'absence du chef de la junte, le colonel Assimi Goïta. "Les concertations se déroulent sous la présidence du colonel Goïta mais sans sa présence effective" aux travaux, a expliqué à l'AFP une source proche de la junte. "Nous abordons une nouvelle histoire de notre pays. Cette étape cruciale nécessite une profonde réflexion et l'implication de l'ensemble des filles et des fils de la nation", a déclaré à l'ouverture des travaux Malick Diaw, n°2 du "Comité national pour le salut du peuple" (CNSP) mis en place par les putschistes. Aucun représentant de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), l'ex-rébellion à dominante touareg, signataire de l'accord de paix de 2015 destiné à mettre fin à la crise traversée par le pays depuis 2012, n'était présent, selon des journalistes de l'AFP. Dans un communiqué, la CMA juge que "les mesures de confiance nécessaires à la construction d'un partenariat pour des responsabilités partagées ne semblent pas d'actualité". "Les calendriers établis pour des concertations d'une importance capitale laissent apparaître un dilettantisme peu rassurant", ajoute-t-elle, après le report par la junte d'une visite jeudi à Kidal (nord-est), bastion de l'ex-rébellion, justifié par les militaires par les conditions météorologiques. La CMA "ne saurait cautionner aucun processus sans concertations participatives et consensuelles", ajoute-t-elle. A Kidal, "les concertations ont été reportées faute de compromis entre le CNSP et la CMA", a dit samedi à l'AFP un responsable administratif. La junte a promis de rendre les commandes aux civils à l'issue d'une transition d'une durée encore indéterminée. Mais la forme et la durée de cette transition, deux sujets de friction avec la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (Cédéao), qui a imposé des sanctions aux nouveaux dirigeants militaires, ne sont pas encore fixées. Pour les militaires, le temps presse: les dirigeants ouest-africains, qui ont réclamé une "transition civile" et des élections sous 12 mois, se réunissent lundi avec le Mali en tête de l'ordre du jour. La pression vient aussi du terrain: au moins 10 soldats maliens ont été tués jeudi dans une embuscade dans le centre du pays, près de la frontière mauritanienne, soit la troisième fois que l'armée essuie de sévères pertes depuis le putsch. Le lancement de la consultation avait subi un sérieux contretemps il y a une semaine. Les militaires l'avaient reportée, en pleine querelle avec un acteur primordial de la crise, le Mouvement du 5-Juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). Le M5-RFP, ulcéré de ne pas avoir été invité à la première rencontre, figure cette fois explicitement parmi les participants annoncés, avec les partis politiques, les organisations de la société civile, d'anciens groupes rebelles, les syndicats et la presse. Le M5-RFP, qui a canalisé l'exaspération des Maliens contre le président déchu, réclame d'être placé sur un pied d'égalité avec la junte à l'heure de la transition. Il l'avait accusée de chercher à "confisquer" le changement et sa figure tutélaire, l'imam Mahmoud Dicko, a prévenu les militaires qu'ils n'avaient pas "carte blanche". Depuis, et après s'être d'abord surtout entretenus avec les représentants étrangers pour les rassurer mais aussi demander la levée des sanctions de la Cédao, les militaires ont reçu séparément les représentants du M5-RFP et des responsables de partis ou de syndicats. Chacun a exposé sa vision, en particulier sur la durée de la transition et qui, civil ou militaire, devra la conduire. Ces questions divisent militaires et responsables maliens, communauté internationale et experts. La junte a proposé initialement trois ans sous la conduite d'un militaire, avant de rabaisser la barre à deux et de se dire ouverte sur son chef. Le M5-RFP a de son côté proposé une transition de 18 à 24 mois, avec des civils aux commandes. L'ex-président Keïta, en résidence surveillée à Bamako selon son entourage, s'apprête quant à lui à quitter le Mali, après avoir été hospitalisé cette semaine, victime selon les médecins d'un court accident vasculaire cérébral (AVC). Il pourrait se rendre aux Emirats arabes unis pour des soins complémentaires, avec l'accord des militaires, selon ses proches. (Belga)