L'enquête sur le crash du vol Air France Ajaccio-Nice, qui a fait 95 morts le 11 septembre 1968, s'est enrichie de documents fournis à la justice par le ministère français des Armées. L'avocat des familles de victimes les a toutefois jugés "très insatisfaisants". "C'est un dossier loin d'être terminé. Manifestement les impulsions de l'Elysée ne sont pas suivies par le ministère des Armées", a critiqué Me Paul Sollacaro, en marge des cérémonies d'hommage organisées à Nice jeudi et Ajaccio vendredi. Le vol de la caravelle AF 1611, qui devait relier Ajaccio-Nice en 45 minutes, s'était abimé au large d'Antibes. L'accident a été mis sur le compte d'un incendie à bord mais l'enquête a été relancée à Nice en 2012 pour "soustraction et recel de preuve" et un juge d'instruction a requis en mars 2018 une levée du secret-défense, estimant qu'il fallait prendre "très au sérieux" l'hypothèse d'un tir de missile accidentel ayant touché l'arrière de l'appareil. En réponse, des documents ont été exhumés au ministère des Armées: un premier lot d'une vingtaine de pièces transmis le 9 juillet 2019, puis des documents complémentaires quand les recherches auprès des différents services du ministère ont été achevées en octobre 2019. "Faute de document classifié répondant à la demande du magistrat (...), le ministère des Armées n'a pas de raison de saisir la Commission (du secret) de la défense nationale", chargée de donner un avis sur l'éventuelle déclassification de documents, a précisé le ministère à l'AFP. Le ministère des Armées a "ouvert l'accès à toutes les archives disponibles", a assuré l'Elysée dans un récent courrier adressé à Mathieu Paoli, président de l'association des familles de victimes et qui a perdu ses parents dans la catastrophe. "Ils donnent le sentiment de collaborer mais c'est très insatisfaisant. Des documents ont été communiqués, mais pas ceux qu'on demande depuis longtemps, comme l'original de la Zonex", la carte des exercices militaires dans la zone, a regretté Me Sollacaro. "On a quand même l'impression que des documents classifiés existent et sont mis de côté. Les seuls documents communiqués avaient été précédemment refusés aux gendarmes", a-t-il ajouté. Événement rare pour une partie civile, M. Paoli a été reçu en personne avec son frère mardi par le procureur de la République de Nice, Xavier Bonhomme. Ce dernier a assuré de sa volonté d'aller "jusqu'au bout" dans ce dossier vieux de 52 ans, selon M. Paoli. "Un signe fort de l'autorité judiciaire", s'est félicité Me Sollacaro. (Belga)