L'ONG Amnesty International avertit jeudi de l'état psychique et psychologique "très inquiétant" de près de 2.000 enfants yézidis qui avaient été retenus captifs par le groupe terroriste État islamique (EI). De retour dans leur famille, ils souffrent du syndrome de stress post-traumatique, d'angoisse ou de dépression notamment.Entre 2014 et 2017, l'EI a enlevé de nombreux enfants yézidis, une communauté kurdophone victime "d'un génocide selon les termes de l'Onu", relève Amnesty International. Quelque 1.990 d'entre eux sont revenus dans leur famille, où ils affrontent "d'immenses difficultés", selon un rapport publié jeudi par l'ONG de défense des droits humains. "Enlevés, torturés, contraints de se battre, violés et soumis à toute une série de terribles violations des droits humains aux mains de l'EI", nombre d'enfants revenus dans leur famille souffrent de séquelles, de maladies ou de troubles physiques handicapants durables, selon Amnesty. Les troubles mentaux les plus fréquents sont le syndrome de stress post-traumatique, l'angoisse et la dépression. Plusieurs enfants se montrent également agressifs, font des cauchemars, se retirent des interactions sociales ou souffrent de troubles de l'humeur. Deux groupes d'enfants doivent faire face à des difficultés particulières: les anciens enfants soldats et les filles soumises à des violences sexuelles. Des milliers de garçons yézidis ont en effet été forcés de se battre. A leur retour, ils "souffrent d'isolement (...) car leur famille et leur communauté ont du mal à accepter ce qu'ils ont vécu durant leur captivité. La plupart ont subi une propagande intense, un endoctrinement et un entraînement militaire, dans le but délibéré d'effacer leur ancienne identité, leur langue et leur nom", explique Amnesty. Des filles yézidies ont elles été victimes de violences sexuelles et souffrent de problèmes de santé, comme des fistules traumatiques, des cicatrices et des difficultés à concevoir un enfant ou à mener une grossesse à terme. Par ailleurs, des centaines de jeunes femmes et filles yézidies ont eu des enfants lorsqu'elles étaient réduites à de l'esclavage sexuel par l'EI. Ces enfants ne sont bien souvent pas acceptés par la communauté yézidie. L'ONG a récolté les témoignages de nombreuses mères qui ont "subi des pressions, des contraintes ou ont été dupées" pour abandonner leurs enfants. Une séparation qui occasionne une grande souffrance psychologique. Amnesty International appelle les autorités irakiennes et la communauté internationale à aider ces enfants, à "garantir des réparations pleines et entières pour les violations des droits de ces enfants et leur offrir tout le soutien auquel ils ont droit". Pour élaborer son rapport, l'ONG a interrogé, en février 2020, 29 victimes retenues en captivité lorsqu'elles étaient enfants, 25 membres de familles d'enfants victimes et 68 experts et représentants des autorités. (Belga)