Harold Evans, monstre sacré du journalisme britannique connu surtout pour avoir dirigé la rédaction du Sunday Times, est mort à 92 ans, a annoncé sa femme Tina Brown jeudi. Les hommages ont afflué après le décès, survenu mercredi à New York des suites d'une insuffisance cardiaque, du journaliste devenu éditeur aux Etats-Unis. Le Premier ministre britannique Boris Johnson - qui a lui-même été journaliste au Times, dont il a été renvoyé pour avoir inventé une citation en 1988 - a salué "un véritable pionnier du journalisme d'investigation". Son ministre de la Culture britannique, Oliver Dowden, a rendu hommage à un "géant". Originaire d'une famille modeste de Manchester, dans le nord de l'Angleterre, Harold Evans a commencé sa carrière au journal local, le Manchester Evening News. Directeur de la rédaction du Sunday Times de 1967 à 1981, il a joué un rôle clé dans l'éclosion du scandale du thalidomide, médicament donné aux femmes enceintes qui provoquait des malformations congénitales. Sous sa direction, le journal dominical a également révélé que l'espion britannique Kim Philby était un agent double au service de l'Union soviétique. Il a aussi publié des extraits des mémoires de l'ancien ministre travailliste Richard Crossman que le gouvernement voulait faire interdire, malgré le risque de poursuites. Nommé en 1981 à la tête de la rédaction de la version quotidienne du journal, le Times, il n'y reste qu'un an, en conflit avec son propriétaire, le magnat Rupert Murdoch. Il a accusé ce dernier ensuite de l'avoir remercié en raison des attaques du journal contre Margaret Thatcher. Ce père de cinq enfants décrivait le journalisme comme sa "passion" et résumait sa vision du métier de cette manière: "essayer d'obtenir la vérité implique de rejeter les stéréotypes et les clichés". Après son départ du Times, il déménage avec sa seconde épouse Tina Brown aux Etats-Unis, où il enseigne et devient notamment directeur de la maison d'édition Random House. Aux Etats-Unis, Tina Brown s'impose comme une patronne de presse très respectée, à la tête de Vanity Fair dans les années 1980, puis du New Yorker dans les années 1990. Le couple gagne une réputation de grande influence dans la vie politique et mondaine new-yorkaise. Tina Brown a remercié tous ceux qui ont rendu hommage à "l'amour de sa vie", "le plus magique des hommes". (Belga)