Trente-trois gérants de salles de Crossfit ont demandé, lundi, devant le tribunal civil de Bruxelles, siégeant en référé, de suspendre les effets de l'arrêté ministériel du 28 octobre dernier en ce qu'il les contraint à fermer leurs établissements. Ils estiment être discriminés par rapport aux infrastructures qui accueillent les sportifs professionnels, qui, eux, peuvent continuer les entraînements et la compétition, et ils invoquent l'urgence à agir en ce qu'ils sont privés de revenus.Les demandeurs, défendus par Me Philippe Forton et Me Audrey Lackner, ont demandé au tribunal de constater l'illégalité de l'arrêté ministériel en question, qui contraint les salles de Crossfit à rester fermées, alors qu'elles avaient pu rouvrir en juin dernier à la condition de répondre à des protocoles sanitaires précis. Pour les demandeurs, l'efficacité de ces protocoles n'a jamais été remise en cause. Ils estiment que l'obligation de fermeture ne repose sur aucune donnée scientifique permettant de penser que leurs salles sont des endroits où la contamination au coronavirus est plus risquée. Pour Me Forton et Me Lackner, cet arrêté ministériel, comme d'autres édictés pendant la crise sanitaire, sans vote au Parlement et sans consultation du Conseil d'État, ne repose sur aucune base légale. Les avocats de l'État, Me Nicolas Bonbled et Me Camila Dupret Torres, ont contesté ces arguments, avançant qu'il ressort des rapports d'experts que la transmission du virus est plus élevée dans le cadre de sports collectifs pratiqués à l'intérieur. "Certains facteurs ont un impact épidémiologique plus important. Comme l'Horeca, ces endroits où le port du masque n'est pas possible représentent plus de risques", a avancé Me Dupret Torres. Concernant une éventuelle discrimination, ils ont exposé que la différenciation qui était opérée entre sportifs amateurs et sportifs professionnels reposait sur le statut légal reconnu de ces derniers, auquel sont attachés certains droits. Ils ont par ailleurs soutenu que l'urgence de la requête n'est pas démontrée, considérant que les demandeurs ne prouvaient pas qu'ils étaient face à un préjudice certain et grave. "Ils ne démontrent pas qu'ils seraient dans une situation au bord de la crise et que la viabilité de leurs commerces est compromise" , a plaidé Me Bonbled, reprochant aux demandeurs d'avoir attendu quatre mois après l'entrée en vigueur de l'arrêté avant d'introduire leur action. "Si mes clients n'ont pas agi dans l'immédiat, c'est parce qu'ils ont reçu, de semaine en semaine, des promesses que la décision serait revue. Puis finalement, le 6 février, ils ont appris que cette décision était prolongée 'en stoemelings' jusqu'en avril", a rétorqué Me Lackner. "En ce qui concerne les aides qu'ils reçoivent, elles ne sont pas suffisantes. Ils font face à des charges trop lourdes. Et ce qui justifie l'urgence à agir, ce n'est de toute façon pas que le préjudice financier. Il y a aussi tout l'aspect psychologique" , a ajouté l'avocate. La juge a pris l'affaire en délibéré et rendra sa décision dans le mois. (Belga)