Le Groupe d'action dans l'intérêt des animaux, Gaia, a remis mardi une pétition regroupant 82.089 signatures de Belges francophones contre le gavage des canards au cabinet de la ministre wallonne du Bien-être animal, Céline Tellier (Ecolo), à Namur. Les activistes ont aussi symbolisé le gavage en préparant pour la ministre un plat de 17 kilos de pâtes, soit l'équivalent d'environ le quart de son poids.La Wallonie est la seule région de Belgique où le gavage des canards, qui sert à la production de foie gras, est encore autorisé. Pendant douze jours, les canards gavés reçoivent quotidiennement jusqu'à un quart de leur poids en aliments riches pour engraisser leur foie. "Aucun être vivant ne peut se sentir bien et être en bonne santé avec de telles quantités d'aliments à ingurgiter", souligne Ann de Greef, directrice de Gaia. "Que ces quantités soient administrées de manière 'artisanale' ou industrielle ne change rien au fait que les canards gavés pour la production de foie gras sont atteints de stéatose du foie. Ils finissent avec un foie dix fois plus gros que la normale, passant de 50 jusqu'à 450 grammes." "Le foie pousse contre les poumons et les canards halètent pour réguler leur température corporelle. Bon nombre d'entre eux subissent aussi des reflux gastriques et le taux de mortalité durant le gavage est de 2 à 4%, soit dix à vingt fois plus que les élevages de canards de chair", a-t-elle ajouté. Pour étayer ses propos, Gaia s'appuie sur un rapport publié en 2018 par le professeur Donald M. Broom de l'Université de Cambridge, au Royaume-Uni. Après la Région bruxelloise en 2017 et la Flandre en 2018, l'association demande donc au gouvernement wallon d'interdire à son tour le gavage forcé. Elle rappelle également que d'autres méthodes de production et alternatives sont possibles, citant notamment le foie fin, issu de volatiles non gavés, déjà disponible dans de nombreux commerces. A l'échelle de l'Union européenne, seuls cinq pays produisent encore du foie gras: la France, l'Espagne, la Bulgarie, la Hongrie et la Belgique via la Wallonie. Céline Tellier travaille sur deux leviers, a indiqué mardi son cabinet. D'une part, l'évaluation des normes de détention et de gavage pour un meilleur encadrement. D'autre part, faire évoluer les pratiques de consommation des Belges. "Aujourd'hui, les Belges ont la deuxième consommation de foie gras par habitant au niveau mondial", a indiqué Gilles Schobbens, chargé de communication de la ministre. "Chaque année, 1.156 tonnes sont importées et consommées en Belgique, pour une production belge de 25 tonnes, dont la moitié seulement en Wallonie. Dès lors, le gavage en Wallonie ne concerne que 1% de toute la consommation de foie gras des Belges." "Pour limiter les souffrances animales, la meilleure chose est donc de faire évoluer les pratiques de consommation. La ministre souhaite encourager les citoyens à consommer moins de produits animaux, de meilleure qualité, plus respectueux des animaux et de l'environnement", a-t-il conclu. (Belga)