Deux anciens membres des services de renseignements syriens comparaîtront pour "crimes contre l'humanité" à partir d'avril en Allemagne, lors du premier procès au monde concernant des exactions liées au régime de Bachar al-Assad. Le procès des deux hommes débutera le 23 avril à Coblence et devrait durer plusieurs mois, a indiqué mardi le Tribunal régional supérieur de Rhénanie-Palatinat. Les deux hommes ont été arrêtés le 12 février 2019 en Allemagne. Anwar Raslan est accusé d'avoir participé en 2011 et 2012 à des séances de torture infligées à Damas à des prisonniers dans un centre de détention administré par les services de renseignement syriens, dont il dirigeait l'un des bureaux d'enquête. Au moins 4.000 personnes auraient été torturées. Quelque 58 personnes sont mortes des suites de ces tortures, selon le parquet fédéral allemand. Dans cette geôle, les détenus, qui pour beaucoup avaient participé aux manifestations réclamant liberté et démocratie dans le sillage des "Printemps arabes" à partir de mars 2011, ont reçu "des coups de poing, de bâtons, de câbles, de fouet" et subi "des électrochocs", avait détaillé fin octobre le parquet fédéral. Des viols et agressions sexuelles auraient également été commis. Le second, Eyad al-Gharib, dirigeait une unité spécialisée dans l'arrestation d'opposants politiques au régime de Bachar Al-Assad, et travaillait sous l'autorité d'Anwar Raslan. Il est accusé d'avoir participé à la torture d'au moins trente manifestants arrêtés à Douma, près de Damas, à l'automne 2011. Le premier serait entré en Allemagne le 26 juillet 2014 et le second le 25 avril 2018. Ils sont depuis leur arrestation en détention provisoire. Ces arrestations, ainsi qu'une autre menée simultanément en France, sont intervenues dans le cadre d'une enquête franco-allemande directement liée aux investigations de "César", un ancien photographe de la police militaire syrienne, exfiltré sous ce pseudonyme. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), au moins 60.000 personnes sont mortes sous la torture ou à cause des terribles conditions de détention dans les prisons du régime où quelque 500.000 personne au total ont été incarcérées depuis 2011. (Belga)