Le tribunal correctionnel de Liège prononcera ce jeudi, à 14h00, son jugement dans le cadre du procès de l'explosion de la rue Léopold à Liège. Quatre prévenus sont poursuivis pour 14 homicides involontaires, par défaut de prévoyance et de précaution, ainsi que pour coups et blessures involontaires, par défaut de prévoyance et de précaution, commis sur 19 personnes. Dans la nuit du 26 au 27 janvier 2010, vers 01h45, une explosion retentissait dans un immeuble d'habitation situé au numéro 18 de la rue Léopold, en plein centre de Liège, provoquant l'effondrement du bâtiment. Pendant les opérations de secours, l'immeuble voisin, situé au numéro 20, s'était effondré partiellement. Les corps de 14 victimes avaient été découverts parmi les décombres. Dix-neuf personnes avaient également été blessées pendant la catastrophe. Mehmet C., propriétaire de l'immeuble du numéro 18, deux agents du Service de la sécurité et de la salubrité publiques (SSSP) de la Ville de Liège et les pompiers de Liège sont poursuivis pour défaut de prévoyance et de négligence. Durant le procès début septembre, un collège d'experts a expliqué que l'explosion avait été causée par une fuite de gaz naturel, qui s'est accumulé dans le faux plafond du rez-de-chaussée de l'immeuble du 18. Le gaz s'est ensuite échappé vers le premier étage où l'explosion a retenti. Si l'origine exacte de la fuite est inconnue, ont-ils admis, ils ont mis en avant une installation "vétuste, pas en ordre et dangereuse" dans le bâtiment, et ont pointé le "bricolage" réalisé pour raccorder les 4e et 5e étages en gaz. La responsabilité du SSSP a également été mise en avant par les parties civiles et le ministère public, stigmatisant le manque de suivi du dossier par un agent technique et une responsable, sur le banc des prévenus. Le numéro 18 avait été inspecté par le SSSP et des travaux avaient été exigés. Les prévenus assurent qu'ils ont été correctement réalisés et qu'ils n'auraient pu prévoir l'explosion. Pour les parties civiles et l'avocate générale, si le suivi avait été correctement réalisé, une attestation de conformité et d'étanchéité aurait alors été exigée. Et lors du test nécessaire à l'obtention de cette attestation, les défauts de l'installation de gaz auraient été mis en avant. Dernier prévenu: l'intercommunale d'incendie de Liège et environs (IILE), soit les pompiers liégeois. Les débats en septembre n'ont que peu abordé son éventuelle responsabilité. Les pompiers avaient également inspecté l'immeuble du numéro 18 mais n'étaient jamais venu vérifier si les travaux avaient été effectués, à cause d'une erreur de surlignage admise par les pompiers. Le ministère public a requis 14 mois de prison à l'encontre du propriétaire Mehmet C., l'avocate générale l'accusant "d'exploiter la misère". Elle a requis la suspension du prononcé pour les deux agents du SSSP, considérant que leur comparution suffisait à les sanctionner. Elle avait émis des doutes quant à la responsabilité des pompiers, demandant la suspension du prononcé à leur encontre si le tribunal venait à juger les charges établies. Les défenses de chaque prévenu ont, elles, plaidé l'acquittement de leur client. Toutes ont mis en avant la prescription des faits, alors que le procès se tient plus de 10 ans après l'accident, ou, à défaut, le dépassement du délai raisonnable. Elles ont également mis en doute l'impartialité des experts et balayé les suspicions de négligence, chaque avocat défendant que son client avait agi correctement. Le jugement sera prononcé à 14h00 dans la salle de la Rotonde du palais de justice de Liège. (Belga)