L'embauche de deux salariés sri-lankais dans une usine de pain de Ditrau, petite commune roumaine, a déclenché la colère d'une partie des habitants qui, emmenés par leur prêtre, se disent hostiles à l'accueil d'étrangers, ont rapporté samedi les médias locaux.Après une manifestation et la multiplication de propos malveillants contre les nouvelles recrues, le maire de la localité rurale de 5.500 habitants a organisé samedi une réunion avec ses administrés. "Dites-nous ce qui vous pose problème pour que nous puissions y remédier (...) Nous avons deux sujets : le conflit entre la direction de la boulangerie et la communauté, ainsi que, bien sûr, le problème des travailleurs étrangers", a lancé Elemer Puskas, maire de Ditrau, aux quelque 300 participants, selon les journalistes présents. Menés par le prêtre catholique de la ville, les présents ont récité une prière avant de débattre de leurs préoccupations. Mercredi, le prêtre et environ 200 habitants avaient manifesté pour demander le départ des deux Sri-Lankais, disant craindre un "afflux" d'étrangers dans cette localité habitée par une population de langue et de culture hongroises. Le même groupe a créé sur Facebook une pagé intitulée "Nous voulons un Ditrau sans migrants" et demandé l'organisation d'un référendum local contre l'embauche de travailleurs immigrés. Des menaces ont également visé les propriétaires des logements que les deux salariés ont loués. Arrivés à Ditrau en janvier, ils ont déménagé dans une localité voisine. "C'est le résultat du discours anti-migration, très présent dans la région et en Europe", a regretté le président du Conseil roumain anti-discrimination, Csaba Asztalos. La communauté magyare de Transylvanie, dont est lui-même issu M. Asztalos, est "connectée" aux médias hongrois, qui relaient les positions du Premier ministre populiste de Hongrie Viktor Orban, a-t-il ajouté. Les patrons de l'usine, qui emploie 90 personnes, affirment avoir cherché en vain à embaucher des employés locaux alors que la Roumanie est confrontée à une grave pénurie de main d'oeuvre. Samedi, des participants à la réunion ont reproché à l'entreprise de ne pas proposer de conditions de travail satisfaisantes. A l'issue de la rencontre, la direction de l'usine a indiqué dans un communiqué qu'elle s'engageait à déplacer les deux salariés sri-lankais sur un autre lieu de travail hors de la commune, sans préciser à quel type de poste. Les services de police départementaux ont par ailleurs annoncé samedi l'ouverture d'une enquête pour incitation à la haine et à la discrimination. Avec une population de 19,5 millions d'habitants, la Roumanie a perdu ces trente dernières années quelque quatre millions habitants partis occuper des emplois mieux rémunérés à l'étranger. En 2020, le pays compte recruter hors de l'Union européenne 30.000 travailleurs, notamment originaires d'Asie, soit 10.000 de plus que le quota pour 2019. (Belga)