Deux habitants de Lesbos ont été condamnés à trois mois de prison avec sursis, vendredi au tribunal de Mytilène, au cours du premier procès sur les violences commises ce week-end après un nouvel afflux de migrants. Dans un contexte déjà particulièrement tendu ces dernières semaines, où les habitants de l'île s'opposent à la construction de nouveaux camps de rétention sur leurs îles, les nouvelles arrivées de canots chargés de migrants avaient suscité une explosion de colère à l'encontre des travailleurs humanitaires et des journalistes en particulier. "Je vais continuer de défendre ma patrie en tant que Grec. La plupart des ONG ici fonctionnent comme des espions. Ces gangsters doivent partir de l'île", a déclaré l'un d'eux, Konstantinos Alvanopoulos. "On ne comptait pas menacer la vie de qui que ce soit", a-t-il assuré, après sa condamnation. Dimitris Vasoulis, l'avocat des deux hommes, s'est insurgé contre le jugement. "Nous avions trouvé une solution avec la partie adverse pour clore l'affaire et ne pas envenimer la situation", a-t-il dit. La plaignante, une figure emblématique de l'aide humanitaire à Lesbos, a accepté les excuses publiques des deux prévenus devant le tribunal. "Le but est d'ouvrir une procédure judiciaire plus large", a expliqué Efi Latsoudi. Elle a porté plainte contre les deux prévenus pour "menaces" sur les réseaux sociaux. Responsable de l'ONG Lesbos Solidarity qui gère le camp PIKPA d'hébergement de réfugiés sur l'île, Mme Latsoudi avait reçu, après la crise migratoire de 2015, le prix Nansen décerné par l'Agence des Nations unies du Haut commissariat aux réfugiés (HCR). Deux voitures appartenant au camp PIKPA avaient été, selon elle, vandalisées dimanche, et un centre d'accueil inoccupé des migrants avait été partiellement incendié, dans le nord de l'île, par des groupes d'habitants furieux. Barrages filtrants, routes coupées, voitures vandalisées, intimidations d'automobilistes, des groupes d'habitants avaient créé un climat de peur sur l'île de Lesbos, avec l'arrivée de nombreux canots chargés de migrants après la décision vendredi dernier d'Ankara d'ouvrir ses frontières aux réfugiés désireux d'entrer en Europe. Des initiatives ont été prises pour réunir tous les cas d'agressions et de menaces à l'encontre des ONG et des journalistes, ont confirmé plusieurs sources à l'AFP. Une enquête avait été ouverte après "plusieurs dénonciations d'attaques envers des individus et des voitures" sur l'île, selon une source policière. Plusieurs ONG avaient demandé à leurs équipes de quitter l'île, avait expliqué Douglas Herman, co-fondateur de l'organisation Refocus, selon lequel les violences étaient le fait de mobilisations "fascistes". (Belga)