Face aux violences sexuelles, la notion de consentement reste floue pour une bonne partie de l'opinion publique, particulièrement chez les jeunes. Un tiers des moins de 26 ans pensent ainsi qu'il est normal d'insister pour avoir des rapports sexuels, selon un sondage commandé par Amnesty International et SOS Viol, publié jeudi. Les deux organisations demandent dès lors de réellement généraliser l'éducation sexuelle dans les établissements scolaires du pays. Un tiers des jeunes sondés estiment également que l'on ne peut pas parler de viol si une personne ne dit pas explicitement "non". Le sondage montre encore que seuls 53% des jeunes interrogés sont conscients du fait que le viol sur un(e) partenaire est une agression sexuelle qui est passible d'emprisonnement. Si l'on se concentre sur les répondants de sexe masculin exclusivement, un cinquième d'entre eux pensent qu'ils ne peuvent pas être accusés de viol par leur partenaire s'ils ont imposé une relation sexuelle et un quart pensent qu'ils ne peuvent pas être accusés de viol s'ils ont imposé une fellation. Or, la loi belge définit le viol comme tout acte de pénétration commis en l'absence de consentement. Pour Amnesty, il y a donc clairement une mauvaise compréhension de cette notion, surtout chez les jeunes. L'organisation de défense des droits humains appelle dès lors les autorités à renforcer le programme d'Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras) dans les écoles du pays afin qu'il soit dispensé à toutes et tous de manière systématique. De son côté, Amnesty va lancer une vaste campagne de sensibilisation sur le consentement, qui ciblera les garçons et les jeunes hommes, lesquels "ne semblent pas toujours prendre la réelle mesure de la gravité de leurs actes et de leurs conséquences". Enfin, l'enquête ne fait pas l'impasse sur les nombreux préjugés masculins sur le viol et les violences sexuelles. Ainsi, 20% des hommes interrogés pensent que les femmes aiment être forcées, et que la violence est sexuellement excitante pour elles. Ils sont par ailleurs 39% à considérer que, lorsqu'il s'agit de porter plainte pour viol, les femmes accusent souvent à tort. Quant à la responsabilité de la victime, elle continue à pâtir de croyances négatives. Ainsi, 48% des hommes et 37% des femmes sondées estiment que des "circonstances atténuantes" liées au comportement de la victime peuvent exister dans certains cas, rendant cette dernière en partie responsable de son agression: 16% pointent les vêtements sexy, 16% également le fait de ne pas avoir dit explicitement "non" et 14% les "comportements provocants". Le sondage a été réalisé auprès de 2.300 personnes. Le nombre de jeunes de 15 à 25 ans a été sur-échantillonné afin de mieux mesurer leur positionnement. Sur l'échantillon total, la marge d'erreur maximale est de ± 2,05%. (Belga)