Un jeune sur quatre (24%) a déjà subi un viol et au moins 48% des victimes de violences sexuelles y ont été exposées pour la première fois avant l'âge de 19 ans, telles sont deux des conclusions pour le moins interpellantes d'un sondage commandé par Amnesty International et SOS Viol, publié jeudi. A l'approche de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, les organisations pressent dès lors les autorités concernées de se doter de moyens pour lutter efficacement contre le viol et les violences sexuelles et ainsi "endiguer ce fléau". Si l'on en croit cette enquête - réalisée auprès de 2.300 personnes, dont le nombre de jeunes de 15 à 25 ans a été sur-échantillonné afin de mieux mesurer leur positionnement - la catégorie des 15-24 ans est la plus touchée pour toutes les formes de violences sexuelles prises en compte dans le sondage (dont la moins "grave" était de formuler des demandes répétées et insistantes à caractère sexuel). Ainsi, il apparaît qu'un jeune sur quatre a déjà enduré un viol et minimum 48% des victimes de violence sexuelle y ont été exposées pour la première fois avant l'âge de 19 ans. Par ailleurs, 20% des femmes interrogées déclarent avoir été victimes de viol, ce qui représente une augmentation significative par rapport à un sondage similaire réalisé en 2014 lorsque 13% disaient avoir enduré un viol (+ 7 points de pourcentage en l'espace de cinq ans). "Cette augmentation est à mettre en relation, selon nous, avec la libération de la parole des femmes, après notamment le mouvement #MeToo et toute la sensibilisation réalisée autour de la problématique du viol, mais elle n'en demeure pas moins extrêmement choquante", a déclaré le directeur de la section belge francophone d'Amnesty International, Philippe Hensmans. "Ces chiffres laissent en effet penser que la prévalence du viol n'a pas diminué depuis cinq ans, voire qu'elle a augmenté. C'est un signal très fort que nos autorités doivent entendre: la Belgique peut et doit mieux faire pour endiguer ce fléau", a-t-il lancé. Le sondage met encore en évidence que seuls 14% des femmes ayant porté plainte pour des faits de violences sexuelles se déclarent satisfaites de cette démarche. Septante-sept pour cent des sondés pensent d'ailleurs que la Justice n'est pas efficace pour retrouver l'auteur et que cela peut être un frein pour les victimes, tandis que 68% des répondants considèrent que le classement sans suite est dommageable car il contribue à l'impunité des violeurs. "Ces affirmations sont à mettre en relation avec les statistiques du ministère de la Justice montrant que, dans 53% des cas, les dossiers de viol sont classés sans suite", souligne Philippe Hensmans. A cet égard, Amnesty demande de prendre des mesures pour lutter contre l'impunité des violeurs et améliorer la prise en charge des victimes tout au long de la procédure, en commençant par offrir une meilleure formation aux policiers, qui se trouvent en première ligne. Amnesty a adressé aux autorités l'ensemble de ses revendications, rassemblées dans une pétition, afin que la Belgique se conforme à ses obligations découlant de la ratification de la Convention d'Istanbul contre les violences faites aux femmes. "Bien que la Convention d'Istanbul soit une disposition contraignante du Conseil de l'Europe, la Belgique ne respecte que très partiellement les engagements qu'elle a pris en la ratifiant en 2016. Depuis lors, ces engagements ont été appliqués à environ 20%, ce qui est nettement insuffisant. Compte tenu de l'urgence et de la gravité de la situation, nous attendons de nos autorités qu'elles fassent beaucoup plus et mieux", conclut Philippe Hensmans. (Belga)