La Russie a annoncé lundi avoir transféré dans une unité carcérale médicale l'opposant en grève de la faim Alexeï Navalny tout en affirmant que son état est "satisfaisant", alors que sa santé, ainsi que la situation à la frontière ukrainienne, sont sources de vives tensions russo-occidentales.Le militant anti-corruption, qui a cessé de s'alimenter il y a trois semaines, a été transféré dans une unité carcérale médicale située dans la même région que le camp où il est emprisonné depuis début mars. "L'état de santé de A. Navalny est jugé satisfaisant", ont assuré les services pénitentiaires, ajoutant qu'il avait accepté de prendre "une thérapie vitaminée". Pendant le week-end, ses proches avaient affirmé qu'au vu de ses analyses médicales, il risquait un arrêt cardiaque. Le sort d'Alexeï Navalny était au programme lundi d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27, consacrée plus largement aux rapports avec la Russie, avec notamment le déploiement de troupes russes aux abords de l'Ukraine et les expulsions croisées de dizaines de diplomates russes et tchèques. Ce déploiement aux frontières ukrainiennes est "le plus massif jamais enregistré", a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, évoquant "150.000 militaires". Ce chiffre a ensuite été ramené à 100.000 militaires dans la version de son discours mise en ligne par l'UE, sans explication. Un porte-parole du Pentagone, John Kirby, s'est pour sa part refusé à avancer un chiffre mais a estimé que "c'est certainement plus que le dernier (déploiement) en 2014", lorsque la Russie avait annexé la Crimée. Il l'a jugé "très préoccupant". "Un conflit reste une possibilité avec un tel déploiement de troupes. Le danger d'un conflit par accident ne peut être écarté", a confié un haut responsable européen à Bruxelles, où ce dossier inquiète. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé à l'Otan et à l'UE d'accélérer le processus d'adhésion de son pays pour envoyer au Kremlin "un vrai signal", mais cela lui a été refusé. "Personne ne veut donner un prétexte à la Russie. L'Otan comme l'UE soutiennent les aspirations de l'Ukraine, mais sans enclencher le processus d'adhésion", ont expliqué plusieurs diplomates des deux organisations. La Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) a pour sa part transmis lundi des questions à la Russie sur les conditions de détention de M. Navalny, s'inquiétant notamment de savoir si celles-ci étaient "compatibles avec son droit à la vie". Dans la matinée, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a, lui, jugé que les critiques occidentales sur le traitement de l'opposant "ne pouvaient être acceptées". Alexeï Navalny a arrêté de s'alimenter le 31 mars pour protester contre ses conditions de détention, accusant notamment l'administration pénitentiaire de lui refuser la visite d'un médecin alors qu'il souffre d'une double hernie discale, selon ses avocats. Les partisans de l'opposant âgé de 44 ans, qui a survécu à un empoisonnement ordonné selon lui par le Kremlin, ont aussi appelé à des manifestations dans toute la Russie mercredi, jour de l'adresse annuelle au Parlement de Vladimir Poutine. Le ministère de l'Intérieur a prévenu qu'il ne permettrait aucune "déstabilisation" et qu'il prendrait "toutes les mesures qui s'imposent". Le parquet veut faire interdire le mouvement de M. Navalny, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), pour "extrémisme". (Belga)