L'Agence américaine anti-dopage (USADA), par la voix de son directeur, Travis Tygart, a estimé "catastrophique", la décision du tribunal arbitral du sport de Lausanne de suspendre jeudi la Russie des compétitions internationales pour deux ans, réduisant de moitié la recommandation de l'AMA, l'Agence mondiale antidopage."A ce stade de cette sordide affaire de dopage orchestrée par l'État russe, s'étendant désormais sur près d'une décennie, il n'y a pas de consolation dans cette décision faible et édulcorée. En manquant une fois encore l'occasion de prendre des sanctions significatives, cela a un effet dévastateur sur l'intégrité du sport et des athlètes", a expliqué Travis Tygart dans un communiqué, accusant l'AMA et le CIO, le Comité international olympique, d'avoir été manipulés dès le premier jour par les aspects politiques". Les États-Unis et l'USADA sont depuis longtemps en désaccord avec l'AMA, fustigeant le manque d'indépendance de l'organisme mondal. "La Russie dit avoir remporté une victoire aujourd'hui. Et elle a raison, elle et son habilité à corrompre le sport, décevoir le monde et tricher en matière de dopage", a clamé encore Tygart. La Russie est accusée officiellement depuis 2015 d'avoir mis en place un système de dopage de grande envergure avec la complicité des plus hautes autorités du pays. Le contentieux russe dure depuis 2010 et les révélations du couple de lanceurs d'alerte Stepanov sur l'athlétisme. Il implique les services secrets et le ministère russe des Sports. Forcé de démissionner du laboratoire de Moscou dont il était le directeur et réfugié aux Etats-Unis, Grigory Rodchenkov avait avoué au printemps 2016 avoir orchestré pendant des années la dissimulation du dopage, décrivant par le menu le système mis en place aux JO de 2014 à Sotchi pour tromper les observateurs de l'AMA. Au début du mois, Donald Trump, qui a menacé de couper les vivres à l'AMA en supprimant la contribution américaine, avait promulgué le Rodechenkov Act, une loi - controversée - permettant à la justice américaine de poursuivre hors de ses frontières toute personne impliquée dans une affaire de dopage à l'échelle internationale. Cette loi permet de poursuivre et d'infliger des peines de prison pouvant aller jusqu'à dix ans et des amendes pouvant s'élever à un million de dollars à toutes les personnes, quelle que soit leur nationalité, impliquées dans un système international de dopage. Le texte avait été accueilli avec scepticisme par de nombreux acteurs internationaux dont l'Agence mondiale antidopage (AMA) qui avait tenté de s'y opposer, craignant qu'il ne sape sa capacité à accomplir sa mission de régulateur global de l'antidopage. L'AMA craint notamment que la loi n'encourage d'autres pays à créer leur propre juridiction extraterritoriale pour des raisons politiques. (Belga)