Le Monténégro a amendé mercredi une loi controversée sur la religion, source depuis un an de vives tensions dans le petit pays des Balkans, afin de protéger les monastères de l'Eglise orthodoxe serbe (SPC).Le gouvernement pro-serbe du Premier ministre Zdravko Krivokapic est arrivé au pouvoir après sa victoire aux législatives d'août grâce en particulier au soutien de cette Eglise. La nouvelle majorité avait pris la tête des manifestations contre la loi initiale. Ce texte adopté fin 2019 prévoyait de céder à l'État le contrôle des biens dont les communautés religieuses ne pouvaient prouver qu'ils leur appartenaient avant 1918, date à laquelle le Monténégro a perdu son indépendance pour être intégré au royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Aux termes de la loi amendée, soutenue par les 41 députés de la nouvelle majorité au Parlement de 81 sièges, l'Etat doit saisir les tribunaux s'il veut contester la propriété d'un bien religieux. L'opposition dominée par le parti DPS du président Milo Djukanovic, qui avait régné en maître incontesté sur le Monténégro pendant plus de 30 ans avant sa défaite électorale, avait boycotté la séance. Le Parlement avait déjà amendé la loi fin décembre, mais le président Milo Djukanovic avait refusé de la signer en invoquant des raisons de procédure. La Constitution oblige désormais le président à signer le texte afin qu'il entre en vigueur. Cette question a provoqué de vives tensions dans le petit pays de 620.000 habitants. L'Eglise orthodoxe serbe basée à Belgrade est la religion dominante au Monténégro, où un tiers des habitants s'identifient toujours comme serbes, malgré le divorce du pays d'avec la Serbie en 2006. Les deux peuples ont une histoire, une religion et une culture communes, mais les relations politiques sont complexes depuis cette date. La contestation de la loi initiale, ponctuée par des manifestations régulières soutenues et souvent dirigées par des dignitaires de l'Eglise orthodoxe serbe, avait contribué à l'ascension au pouvoir des partis pro-serbes. Quelques dizaines de personnes s'étaient réunies sans incident devant le Parlement avant le début de la séance pour protester contre les modifications de la loi. (Belga)