La commission des Relations extérieures de la Chambre entend ce mardi après-midi une série de personnalités dans le dossier des persécutions subies par la minorité ouïghoure en Chine. Plusieurs résolutions ont été déposées, dont l'une qui vient des écologistes et qui demande au gouvernement "de reconnaître le crime de génocide perpétré par le gouvernement de la République populaire de Chine contre les Ouïghours".Si des résolutions ont déjà été votées dans plusieurs assemblées belges pour dénoncer le sort réservé à cette minorité musulmane visant dans la province du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), aucune n'a utilisé le mot de génocide. En février, les parlements néerlandais et canadien ont franchi le pas, et il y a quelques jours c'était au tour du parlement britannique. Les gouvernements de ces pays n'ont pour le moment pas suivi le mouvement, au contraire des États-Unis où c'est le nouveau secrétaire d'État (ministre des Affaires étrangères), Antony Blinken, qui a évoqué en janvier une "tentative de génocide", des propos répétés il y a une quinzaine de jours. Jusqu'à présent, les autorités belges ont exprimé leur préoccupation à l'égard du sort des Ouïghours et leur soutien à l'envoi d'une mission indépendante dans le Xinjiang. Elles se sont également inscrites dans le cadre européen. Le 22 mars, le Conseil de l'UE a imposé des sanctions (gel des avoirs, interdiction de pénétrer sur le territoire européen, etc.) contre une série de personnes et d'entités coupables, selon lui, de violations des droits de l'homme, dont celles subies par les Ouïghours. En guise de représailles, Pékin a décidé de sanctions contre des entités et des parlementaires européens, parmi lesquels figure le député fédéral Samuel Cogolati (Ecolo). La mesure a valu à l'ambassadeur chinois en Belgique d'être convoqué par la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès. Aux yeux de M. Cogolati, la Belgique doit franchir un pas supplémentaire et reconnaître les actes de génocide. "Nous ne pouvons plus nous contenter de condamner les exactions, de demander l'envoi d'une mission d'enquête indépendante. Aujourd'hui, il faut envoyer un signal très clair à Pékin. D'ici une génération, la communauté ouïghoure pourrait être rayée de la carte en Chine", a-t-il expliqué. Des ONG de défense des droits de l'homme ont attiré à plusieurs reprises l'attention de la communauté internationale sur les événements qui se déroulent dans cette partie du monde. Le 19 avril, Human Rights Watch a appelé la communauté internationale à imposer des sanctions plus sévères à la Chine. Dans un rapport publié sur la situation au Xinjiang, l'organisation accuse le gouvernement chinois de "crimes contre l'humanité", qui devraient être sanctionnés. Le parlement entendra deux professeurs, le coordinateur du congrès ouïghour européen, une rescapée des camps ouïghours et un ancien journaliste dont le parcours suscite des questions dans les rangs parlementaires: l'homme a été candidat pour les élections au parlement flamand pour le PTB. Or, le parti marxiste a jusqu'à présent refusé de se joindre aux textes condamnant la répression subie par la minorité ouïghoure. L'ambassade de Chine a été invitée à participer aux auditions, mais elle n'y a pas donné suite. Elle a en revanche envoyé aux députés une note démentant en huit points les accusations de génocide issues selon elle d'une manipulation orchestrée par des "forces d'extrême-droite anti-chinoises". (Belga)