Le parti au pouvoir d'Aung San Suu Kyi, très critiquée à l'international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas mais toujours adulée par une majorité de la population, revendique lundi "une victoire écrasante" au lendemain des élections législatives en Birmanie. Les résultats définitifs ne seront pas connus avant plusieurs jours, mais "nous prévoyons de battre notre record de 390 sièges obtenus en 2015", a déclaré lundi à l'AFP Myo Nyunt, porte-parole de la Ligue nationale pour la Démocratie (LND), tablant sur "une victoire écrasante". Il s'agissait des secondes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte au pouvoir pendant un demi-siècle. En 2015, la LND avait obtenu une large majorité. Mais elle avait été forcée à un délicat partage du pouvoir avec l'armée qui contrôle trois ministères clés (l'Intérieur, la Défense et les Frontières) et 25% des sièges au Parlement. Encore très appréciée en Birmanie, notamment chez les Bamars, l'ethnie bouddhiste majoritaire (quelque 70% de la population), Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, est tombée de son piédestal à l'international. En cause: sa passivité dans la crise des musulmans rohingyas qui ont fui par centaines de milliers au Bangladesh, un drame qui vaut à son gouvernement d'être accusé de "génocide" devant la Cour internationale de justice, plus haute instance judiciaire de l'ONU. Plusieurs organisations des droits humains ont remis en cause la légitimité du scrutin de dimanche: l'élection a été annulée pour des "raisons de sécurité" dans plusieurs régions où les partis ethniques auraient eu des bonnes chances de l'emporter et les 600.000 Rohingyas restés dans le pays, à qui l'on refuse la citoyenneté birmane, n'ont aussi pas pu se rendre aux urnes. Une fois investis, les parlementaires procèderont à l'élection du président birman. La Constitution empêche Aung San Suu Kyi de prétendre à cette fonction car elle a été mariée à un étranger. Elle pourrait se voir renommer "conseillère spéciale de l'Etat", un poste créé sur mesure qui lui permet de diriger de facto le pays. (Belga)