Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE ont discuté vendredi à Zagreb (Croatie) de la crise actuelle dans la région syrienne d'Idleb et de celle qui s'est créée ces derniers jours à la frontière gréco-turque, se quittant sans avoir décidé de débloquer davantage de fonds en faveur de la Turquie et de son accueil des migrants syriens. "La première chose à faire est de normaliser la situation aux frontières" européennes avec la Turquie, a martelé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell à l'issue de la réunion. Les 27 États membres de l'UE ont pris acte du cessez-le-feu dans la province syrienne d'Idleb annoncé la veille au soir par les présidents turc et russe, Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, dont les pays sont engagés dans le conflit syrien. Ils espèrent désormais qu'il soit pleinement effectif sur terre et dans les airs, "car c'est d'en haut que vient le plus gros risque", a résumé Josep Borrell vendredi midi. La question d'un plein respect du cessez-le-feu est cruciale pour l'UE, pour rendre possible l'acheminement de l'aide humanitaire dont les déplacés syriens qui se massent à la frontière turque ont désespérément besoin, a répété l'Espagnol. L'UE participe financièrement à cette aide humanitaire, et a déjà annoncé cette semaine 170 millions d'euros supplémentaires pour aider sur place les victimes du conflit syrien. Parallèlement, les 27 continuent de dénoncer et regretter l'attitude turque à la suite de l'escalade violente dans la région d'Idleb, appelant à cesser tout "usage" de la pression migratoire "à des fins politiques". Les pays membres et le chef de la diplomatie européenne le répètent: "les migrants ne doivent pas être encouragés à tenter le passage illégal (de la Turquie vers la Grèce, NDLR)". "Arrêtons ce jeu, de raconter aux gens qu'ils peuvent passer", appelle Josep Borrell. "Il faut stopper le flux de migrants qui croient que la frontière est 'ouverte' et essaient de la passer. Cette communication est fausse", résume-t-il dans une critique non dissimulée envers Ankara, même s'il appelle parallèlement à une "coopération constructive" avec les autorités turques. L'appel à arrêter d'encourager les migrants syriens à se rendre vers la frontière grecque et à revenir au respect du pacte migratoire controversé UE-Turquie de 2016 a été "clairement" transmis aux autorités turques lors de sa visite de cette semaine à Ankara, assure Josep Borrell. Quant au conflit syrien en lui-même, l'UE continue d'appeler à une "désescalade" et à une solution politique au conflit, condamnant les raids attribués au régime de Damas visant parfois des infrastructures civiles comme les écoles et hôpitaux. La Russie, qui soutient les forces de Bachar al-Assad dans l'actuelle offensive pour reprendre le contrôle d'Idleb, fera l'objet "le plus tôt possible" d'une visite de Josep Borrell, annonce-t-il. Les 27 se sont par ailleurs accordés pour organiser une 4e conférence de Bruxelles sur l'aide à apporter "pour l'avenir de la Syrie et des pays de la région", les 29 et 30 juin prochains. Elle fournira une occasion de dialogue avec la société civile syrienne et les acteurs "qui ne représentent ni le régime ni l'opposition". (Belga)