Plusieurs centaines de personnes ont manifesté jeudi à Port-au-Prince à l'occasion de la journée internationale des droits humains face à la recrudescence des enlèvements perpétrés par les gangs."En 2020, qu'on en soit rendu à manifester pour réclamer notre droit de vivre, de vivre décemment, ça fait un pincement", témoigne auprès de l'AFP Vélina Charlier au début du parcours. "Ca fait des années qu'on en parle, qu'on dit que nous prenons la route de la dictature et que le moyen pour ce gouvernement d'asseoir le régime de terreur c'est d'être en ligue avec les bandits: c'est ce qui se passe", ajoute la militante du mouvement anti-corruption Nou Pap Domi. Médecin, marchande de rue, musicien, écoliers... aucune classe socio-économique n'est épargnée par les rapts criminels des bandes armées qui sévissent principalement dans la capitale mais aussi dans les villes de province. "Aujourd'hui, les gens ont peur de sortir dans les rues. Les gangs nous ont pris le pays des mains, on ne peut plus circuler librement: c'est la terreur de tous les côtés", dénonce Fabienne Anty, militante féministe qui a participé à la marche pacifique à Port-au-Prince. Tout au long du parcours, des opposants au président Jovenel Moïse ont multiplié les barricades de pneus enflammés en scandant: "Nous voici les terroristes". Leur geste est un affront direct à l'un des multiples décrets signés récemment par le chef de l'Etat, sans contre-pouvoir depuis la fin du mandat des parlementaires en janvier 2020. Le texte, publié le 26 novembre au journal officiel, requalifie divers délits et crimes en actes terroristes, dont celui de diminuer la liberté ou la sureté de passage sur la voie publique. Selon ce décret, l'acte est passible de 30 à 50 ans de prison et d'une amende de 2 à 200 millions de gourdes, soit entre 28.700 et 2,8 millions de dollars américains. "Tout porte à croire que le président et son équipe se dotent d'instruments soi-disant juridiques pour réprimer des manifestations anti-gouvernementales", analyse Marie-Rosy Auguste Ducena, du réseau national de défense des droits humains. Les différentes unités spécialisées de la police nationale qui ont encadré les manifestants jeudi à Port-au-Prince n'ont qu'à de rares occasions empêché l'érection de barricades, sans procéder à aucune arrestation, selon les observations des journalistes de l'AFP. (Belga)