Les Etats-Unis ont commencé à discuter avec leurs 14 partenaires au Conseil de sécurité de l'ONU d'un projet de résolution visant à entériner l'accord conclu le 29 février avec les talibans, une démarche rare s'agissant d'une entente entre un pays étranger et une guérilla, selon des diplomates. Selon la première version de leur projet obtenu jeudi par l'AFP et qui doit encore être amendé, le Conseil de sécurité soulignerait accueillir "favorablement" l'accord du 29 février, et demanderait "à tous les Etats, notamment ceux de la région, d'apporter leur plein soutien à la négociation d'un accord de paix complet et durable" en Afghanistan. À ce stade, la position de la Russie et de la Chine sur le texte américain reste incertaine. Le projet de Washington met aussi la pression sur le gouvernement afghan pour qu'il s'engage dans des négociations avec les talibans pour parvenir à "un cessez-le-feu permanent et complet". L'accord du 29 février lui impose notamment de libérer 5.000 prisonniers tandis que les talibans devraient en relâcher 1.000. Dimanche, le président Ashraf Ghani a indiqué qu'il ne s'estimait pas engagé par cette disposition. Une conférence visant à lancer des négociations inter-afghanes, mentionnée par le projet de résolution américain, est prévue en principe le 10 mars à Oslo. Le texte américain indique aussi que le Conseil de sécurité serait "prêt dès le début des négociations inter-afghanes à revoir les sanctions" imposées par l'ONU à des individus ou des groupes en vertu de la résolution 1988 adoptée en 2011 "afin de soutenir le processus de paix". L'accord conclu le 29 février ouvre la voie à un retrait total des troupes américaines après 18 ans de guerre ayant tué entre 32.000 et 60.000 civils afghans, selon l'ONU, et plus de 1.900 militaires américains, en échange d'un engagement des talibans à bannir tout acte de terrorisme et à s'engager dans de véritables négociations avec le gouvernement de Kaboul avec lequel ils refusent jusqu'ici de parler. En dépit de la reprise de violences en Afghanistan depuis samedi, minimisées à Washington, les Etats-Unis semblent vouloir aller vite pour faire adopter leur résolution au Conseil de sécurité, selon des diplomates. Endosser l'accord entre Américains et la guérilla des talibans "est vraiment un cas très particulier", relève un diplomate sous couvert d'anonymat. Les Occidentaux peuvent "avoir beaucoup de réserves, de questions, d'étonnement" mais ne devraient pas s'opposer de front à leur allié américain, précise-t-il. Par ailleurs, "jusqu'à quel point" le Conseil de sécurité, et singulièrement Moscou et Pékin, sont-ils prêts à endosser un accord dont des clauses sur la lutte anti-terroriste restent secrètes? s'interroge cette source. (Belga)